Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/73

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Gustave avait prédit juste. Dès qu’on fut informé dans le voisinage de l’arrivée de ce bienfaiteur terroriste, personne n’approcha du château. Le curé seul, ayant appris les obligations de la famille et des amis de madame de Révanne envers cet homme, voulait à toute force venir le remercier ; mais la marquise, ne croyant pas l’animal assez apprivoisé pour livrer à sa discrétion une si bonne proie, fit conjurer M. Deschamps de se renfermer chez lui jusqu’au moment où le citoyen Robertin retournerait à Paris.

Nous étions à la veille de ce jour très-généralement désiré, lorsqu’à sept heures du soir, en revenant de conduire mademoiselle Louise chez une de ses amies, je fus accosté par un paysan dont l’accueil et le geste auraient pu m’effrayer, si, malgré l’obscurité, je ne l’avais vu trembler lui-même de tous ses membres, en me demandant s’il n’y aurait pas moyen de parler sans témoin à la citoyenne de Révanne. Ce titre de citoyenne dont la mode commençait à se passer, et l’effort qu’avait paru se faire cet homme, en le prononçant, me fit soupçonner quelque mystère. Je suis curieux, même un peu romanesque, et prévoyant déjà quelque aventure, je rendis grâce au hasard qui avait conduit ce paysan vers moi plutôt que vers tout autre. La manière dont je lui répondis lui inspira le même sentiment : car, me voyant disposé à le servir de mon mieux dans ce qu’il désirait, il bénit le ciel de l’avoir adressé à un si bon garçon. Il n’était pas facile de le faire entrer dans le château sans être vu de personne. C’est pourtant ce qu’il voulait avant tout, et ce qui m’obligea à le faire passer par une grille du parc et à l’amener par cent détours jusqu’à l’appartement de mon maître, où il me conjura de l’enfermer sous clef, afin que qui que ce soit ne vint l’y surprendre. On présume bien que pour lui avoir donné une semblable retraite, il fallait que j’eusse deviné à plusieurs indices que ce paysan, couvert d’une méchante veste et crotté jusqu’à la ceinture, méritait les égards dus à un homme comme il faut. Il m’avait chargé d’engager, sous un prétexte quelconque, madame de Révanne à sortir du salon, avant de lui dire qu’une personne fort connue d’elle l’attendait chez son fils. Je remplis la commission avec tout le succès pos-