Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/275

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tandis que Wagner le fait souffrir, il souffre aussi avec Wagner. »

2.

Je me suis longtemps efforcé de mon mieux pour voir en Richard Wagner une sorte de Cagliostro. Qu’on me pardonne cette idée hasardeuse qui a du moins l’avantage de ne pas être inspirée par la haine et l’aversion, mais par la magie que cet homme incomparable a exercée sur moi, comme sur les autres, sans oublier que, d’après mes observations, « les génies » véritables, ceux du plus haut rang, quels qu’ils soient, ne « fascinent » pas au même titre, de sorte que l’idée du génie, à elle seule, ne me semble pas suffire à expliquer cette influence mystérieuse.

3.

Qu’on veuille donc bien avouer combien de traits wagnériens il y a dans le romantisme français ! Ces tendances à l’hystérie érotique chez la femme que Wagner aimait particulièrement et a mise en musique se retrouvent surtout à Paris. Qu’on questionne donc à ce sujet les aliénistes ! Nulle part les passes magnétiques et les manœuvres hypnotiques, au moyen desquelles notre mage musical, notre Cagliostro pousse et incite ses petites femmes au somnambulisme avec les yeux ouverts et l’esprit fermé, ne sont aussi bien comprises que parmi les Parisiennes. Le voisinage des désirs maladifs, l’ardeur des sens exaspérés, quand le regard est dangereusement voilé par des émanations du supra-sensible, où donc faut-il placer tout cela si ce n’est dans le romantisme de l’âme française ? Un charme agit ici qui, inévitablement, convertira un jour les Parisiens à la religion de Wagner.

Or, il faut que Wagner soit à tout prix l’artiste allemand par excellence. C’est ce que l’on décrète aujourd’hui en Alle-