Page:Noailles - Les Vivants et les Morts, 1913.djvu/308

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Vous marchiez tout le jour ; prévoyant, calme, noble ;
Invincible, isolé, sûr comme le destin,
Vous reposant le soir, repartant le matin,
Distribuant déjà vos faveurs et vos ordres,
Recevant les baisers de ceux qui voulaient mordre
Et trouvant, ô miracle éclatant en un jour,
Une immense contrée avec un seul amour !
Et Paris enivré autour de vous se presse.
Vous êtes soulevé par sa sainte caresse :
Vous avancez debout, porté de main en main,
Blanche idole, pesant sur tout l’amour humain.
Vous passiez, entr’ouvrant la foule opaque et lisse,
Comme un vaisseau bombé sur une mer propice ;
Vous alliez, les deux bras étendus, les yeux clos,
Statue au front doré qu’on soulève des flots ;
Héros dont on célèbre un vivant centenaire !
Votre nom sous l’azur roulait comme un tonnerre
Qui tranche les sommets et remplit les vallons.
Un de vos maréchaux, marchant à reculons
Devant les Tuileries flambantes comme une arche,
Gravissant l’escalier devant vous, marche à marche,
Joyeux, vague, extatique, éperdu, sombre et doux,
Répétait tendrement : « C’est vous ! c’est vous ! c’est vous ! »
Mais vous, seul, au-dessus du flot qui vous assaille,
N’ayant pas de témoin qui fût à votre taille,
Contemplant l’horizon d’où les dieux sont absents,
De quel aride cœur goûtiez-vous cet encens ?