Page:O'Followell - Le corset, 1905.djvu/10

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Plus de corset, s’écrie dans sa thèse inaugurale une jeune doctoresse étrangère, qui se fait une opinion d’après quelques femmes exagérément sanglées dans leur « corps à baleines » ; semblable en cela à ce voyageur, nouvel arrivé dans un pays, et qui, rencontrant sur son chemin une femme rousse écrivait sur son carnet : toutes les femmes de ce pays sont rousses. Opinion fausse qui a pris l’excès de la mode pour la règle de l’élégance.

Pas de ces corsets spéciaux aux allures orthopédiques et qui n’ont que le mérite de la bizarrerie, s’écrient les corsetiers. Et se faisant une opinion d’après quelques modèles étranges conçus par des cerveaux en mal d’invention, ils contestent alors à la médecine le droit de s’occuper du corset. Opinion fausse qui confond les excès d’un inventeur avec les sages préceptes de l’hygiène.

Les théories extrêmes ne sauraient donc ici être des théories justes et ici encore reste vraie cette maxime : In medio stat virtus ; c’est dans un juste milieu que réside la vérité.

Quelle sera donc au cours de ce travail l’attitude que je vais prendre ? Vais-je chanter en termes dithyrambiques la gloire et les mérites du corset, ou vais-je, en de virulentes apostrophes, demander sa condamnation ? Rien de tout cela, mon opinion sera, je l’ai fait comprendre, une opinion moyenne. Allier les exigences de la médecine et celles de la mode me paraît chose absolument possible et je l’établirai, suivant mon habitude, plus encore par des observations, par des faits, par des documents, par des preuves scientifiques que par des théories et par des raisonnements.

Dès maintenant je puis dire que l’usage du corset est utile et je m’empresse d’ajouter que l’abus en est très dangereux. Une comparaison me fera bien comprendre.

Dans un de mes livres Bicyclette et organes génitaux, j’ai montré par l’exposé de cas nombreux quelles maladies la bicyclette pratiquée par la femme pouvait guérir, quelles maladies elle pouvait provoquer.

Je rapporte notamment l’exemple d’une jeune femme atteinte de dysménorrhée nerveuse et qui souffrait d’une façon atroce non seulement pendant, ses époques, mais encore pendant les jours qui les précédaient ou les suivaient immédiatement. Cette femme fut guérie par l’usage rationnel de la bicyclette que je lui prescrivis à des doses progressives et nettement indiquées. Après plusieurs mois de bonne santé, la jeune femme revint me consulter se plaignant de violentes douleurs abdominales. La cause était simple : quelques jours auparavant, la malade avait fait à bicy-