Page:Octave Mirbeau Les Mémoires de mon ami 1920.djvu/29

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— C’est embêtant !

Et, au bout d’un quart d’heure, j’entendis un double ronflement, qui emplissait la chambre, redevenue paisible, de sonorités de violoncelle.

Le lendemain, aidée de la femme de ménage, ma mère débarrassait la chambre d’à côté. Elle ne me dit rien, ne me fit aucun reproche. Mais elle avait un air dur et rancunier. Quand ce fut fini, elle déclara d’un ton bref :

— Voici ta chambre. Tu y coucheras ce soir !

Et c’est là que, depuis deux ans, je dormais, je rêvais, je songeais !

On se souvient que, dès le lendemain de la visite que j’ai racontée, Monsieur Narcisse devait venir pour me donner sa première leçon. À sept heures, j’étais levé et habillé. Mon père était déjà parti, ma mère dormait encore, et la femme de ménage balayait l’escalier. Il faisait un petit jour sournois et triste qui rendait plus intolérablement pauvre, ma chambre. Et cependant, la veille, ma mère l’avait décorée de nouveaux meubles, à l’intention de mon professeur. Elle avait ajouté une sorte de vieux fauteuil, un tapis devant la cheminée, et elle avait couvert la table de bois blanc d’un antique châle brun mangé de mites.

M. Narcisse entra. En me voyant :

— Ah ! ah ! c’est très bien ! dit-il. Déjà prêt !

Il posa sur la table une pile de livres qu’il avait apportés, enleva son chapeau et son pardessus élimé, puis, se frottant les mains, il répéta :

— C’est très bien ! Tiens ! j’ai rencontré votre père en cabriolet, dans la rue des Trois-Hôtels. Il est matinal aussi, le papa !

Il prit un livre dans la pile et l’ouvrit :

— Ah ! ah ! fit-il. Savez-vous ce que c’est que ce livre ?

— Non, monsieur Narcisse.

— Eh bien ! c’est une grammaire latine, mon enfant ! Et voici ce que nous allons faire. Asseyez-vous.

Quand je fus assis, en face de la table, il étala le livre devant moi :

— Vous voyez… ceci… Rosa, la rose… Rosæ (génitif), de la rose… etc. Vous allez m’apprendre cela par cœur…