Page:Octave Mirbeau Les Mémoires de mon ami 1920.djvu/30

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Ce n’est pas difficile… et quand vous le saurez vous me le réciterez… jusqu’ici !…

Il faisait mouvoir son doigt, en mouvements cadencés, comme un chef d’orchestre son bâton, il répéta :

Rosa, la rose… Rosæ, de la rose… Vous avez compris ?

Puis brusquement :

— Et votre mère ? me demanda-t-il. Je voudrais bien la voir… J’ai à lui parler de choses très importantes. Est-ce qu’elle ne va pas venir ?

— Maman n’est pas levée, répondis-je. Je crois que maman dort…

— Ah ! sapristi. C’est fâcheux.

Mais la porte s’ouvrit à ce moment et ma mère parut.

— Ah ! monsieur Narcisse ! dit-elle simulant une surprise joyeuse. Vous êtes là ?… Comme vous êtes exact !

M. Narcisse s’inclina et il répondit :

— On le serait à moins, madame !…

Ma mère dit encore :

— Vous avez entrepris là une tâche bien difficile, monsieur Narcisse.

— Avec votre concours, madame, répliqua le professeur dont les yeux prenaient des expressions d’extase… avec votre concours… croyez-moi… nous arriverons au but… Et, à ce propos, j’aurais des choses à vous dire… des instructions… des conseils à vous demander…

— Mais certainement.

Et elle fit entrer dans sa chambre M. Narcisse, qui, avant de disparaître derrière la porte, se tournant vers moi, me recommanda.

Rosa la rose… Rosæ, de la rose… Apprenez cela par cœur… Faites bien attention !

— Tu entends !… appuya ma mère, dont le regard, un instant adouci par la présence de M. Narcisse, redevint dur et menaçant, en se fixant sur moi…

Je restai seul dans la chambre. Quelles choses importantes M. Narcisse avait-il donc à confier à ma mère ? Je ne voulus pas y songer. Sans prendre garde aux recommandations de cet étrange professeur, je quittai la table et j’allai vers la fenêtre. Le jour s’était éclairci. De grands