Page:Octave Mirbeau Les Mémoires de mon ami 1920.djvu/45

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— À l’assassin ! au secours ! au secours !…

Et des portes claquèrent. Et des voix se répondirent, d’étage en étage. Et les cris du camelot retentirent, plus forts :

— À l’assassin !… au secours !

Hébété, je m’étais laissé tomber, sur le plancher, près du cadavre. Et je répétais sur l’air d’une vieille chanson de mon pays :

— Je veux en avoir le cœur net !

Aux cris poussés par le camelot dans l’escalier, toute la maison s’était levée. Et la chambre de la vieille fut bientôt envahie par une foule de curieux, les uns vêtus à la hâte de n’importe quoi, les autres en chemise, tous si pittoresquement désordonnés, que, malgré mon hébétude, je ne pus m’empêcher de remarquer leurs comiques silhouettes et d’en jouir – ce ne fut qu’un moment – comme d’un spectacle très divertissant. Même, après tant d’années, je revois la plupart de ces têtes, lâches, peureuses et cruelles, et ce m’est encore une gaieté…

Ils arrivaient successivement dans la chambre, chacun avec un petit bougeoir à la main, tendaient le col, demandaient :

— Qu’est-ce qu’il y a ?

À toutes les interrogations, le camelot répondait :

— Hé ! Vous le voyez bien… Il y a qu’il l’a tuée !…

— Oh ! mon Dieu !…

Il me désignait d’un doigt formellement accusateur à l’indignation de tous… Et pour qu’il ne restât plus un doute dans l’esprit de personne, il expliquait avec des gestes rapides :

— Je l’ai surpris au moment où il achevait de la tuer. Elle était renversée comme ça, sur le plancher… lui, couché sur elle… comme ça, il la tenait à la gorge.

Il y avait, ça et là, des exclamations d’horreur, et, peut-être, des protestations, des doutes…

— Mais, regardez-le… s’acharnait le camelot… Regardez sa chemise, ses mains, son visage… Ils sont pleins de sang !

— C’est vrai ! C’est vrai !

Une femme dit : – C’est presque un enfant ! Une autre dit :