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AVENIR DU LIVRE

53. AVENIR ET ANTICIPATION DU LIVRE.

1. — Phases du développement.

L’évolution de la Documentation se développe en six étapes. Au premier stade, l’Homme voit la Réalité de l’Univers par ses propres sens. Connaissance immédiate, intuitive, spontanée et irréfléchie. Au deuxième stade, il raisonne la Réalité et cumulant son expérience la généralisant, l’interprétant, il s’en fait une nouvelle représentation. Au troisième stade, il introduit le Document qui enregistre ce que ses sens ont perçu et ce qu’a construit sa pensée. Au quatrième stade, il crée l’instrument scientifique et la Réalité paraît alors grandie, détaillée, précisée, un autre Univers décèle successivement toutes ses dimensions. Au cinquième stade, le Document intervient à nouveau et c’est pour enregistrer directement la perception procurée par les instruments. Documents et instruments sont alors à ce point associés qu’il n’y a plus deux choses distinctes, mais une seule : le Document-Instrument. Au sixième stade, un stade de plus et tous les sens ayant donné lieu à un développement propre, une instrumentation enregistreuse ayant été établie pour chacun, de nouveaux sens étant sortie de l’homogénéité primitive et s’étant spécifiés, tandis que l’esprit perfectionne sa conception, s’entrevoit dans ces conditions l’Hyper-Intelligence. « Sens-Perception-Document » sont choses, notions soudées. Les documents visuels et les documents sonores se complètent d’autres documents, les tactiles, les gustatifs, les odorants et d’autres encore. À ce stade aussi l’ « insensible », l’imperceptible, deviendront sensible et perceptible par l’intermédiaire concret de l’instrument-document. L’irrationnel à son tour, tout ce qui est intransmissible et fut négligé, et qui à cause de cela se révolte et se soulève comme il advient en ces jours, l’irrationnel trouvera son « expression » par des voies encore insoupçonnées. Et ce sera vraiment alors le stade de l’Hyper-Documentation.

2. — Le Livre universel.

a) Le livre futur (livre de demain, livre de l’avenir) est celui que par la pensée nous pouvons envisager comme devant succéder au livre d’aujourd’hui.

Il faut distinguer le livre futur, produit naturel et spontané des forces existantes non contrôlées ni dirigées, et le livre futur, produit rationnel de l’observation, de l’induction, de la déduction, de l’imagination, de la création.

La recherche concernant le livre à naître doit procéder comme celle du livre existant en envisageant successivement chacune des parties matérielles constitutives, chacune des structures, chacune de ses fonctions, chacun de ses aspects.

Les transformations portent sur tous ces éléments à la fois et tous réagissent réciproquement sur tous.

Le document type de l’avenir devra donc comporter en lui toutes les possibilités héritées, jointes à celles qu’il lui sera possible d’acquérir encore ; il sera une synthèse de caractéristiques acquises les plus efficientes, jointes aux finalités qui doivent lui être assignées.

b) La Bibliologie qui déjà considère tous les Livres comme un Livre qui s’accroît sans cesse, se doit de donner à cette expression une réalisation plus complète.

Ce qu’il nous faut c’est la « Somme des Sommes » « Summa Summarum », « le Livre Universel ». Tout le savoir dans ce qu’il a d’essentiel, concentré, exposé une fois, ordonné suivant les possibilités maximum pour la recherche analytique et synthétique, dans ce qu’il y a d’essentiel pour l’utilisation de toute la Documentation qui contient ce savoir dispersé, répété, inordonné.

c) Supposons tous les progrès actuels du livre, ceux proposés et ceux possibles, supposons-les réalisés simultanément, dans les mêmes documents ou ensembles de documents et cela sur une large échelle, nous aurons ainsi à la fois un état d’intégration et un état d’optimum qu’il importe de toutes ses forces d’atteindre. Ce sera, pour lui donner une courte appellation, le Livre universel (ou par d’autres qualificatifs le livre idéal, pur, synthétique, intégral, optimum, futur, anticipé). Son élaboration théorique et pratique, constamment développée, revisée, renouvelée, devrait devenir une œuvre commune, centrale, proposée constamment à tous les efforts. Elle implique que, selon la formule hypothèse, l’on puisse dire : « Le livre universel étant actuellement A (énoncé ici de toutes les caractéristiques), lorsque de ce livre seront réalisés aussi les éléments X ou Y. alors l’élément Z que nous proposons ici sera rendu possible. Exemple : « quand on aura le cinéma en couleur, on pourra établir des bandes de papier en couleur et par conséquent des livres cintiques coloriés à bon marché.

d) Le progrès du livre se fait dans quatre directions : 1° les petits progrès inhérents au développement propre de chaque livre ; 2° le progrès résultant de travaux de liaison avec l’ensemble des livres ; 3° le progrès dans les substituts du livre ; 4° le progrès à résulter d’une conscience de tous les autres progrès et du principe selon lequel l’évolution doit se poursuivre.

e) Sous sa forme nouvelle, le livre sera : 1° en croissance continue (fiches, feuilles, dossiers) ; 2° en redistribution des éléments ; 3° en coopération ; 4° en analyse-synthèse (tableaux-schémas) ; 5° en abrégé-développement ; 6° en contrôle autorisé exercé par les grandes associations ; 7° en théorie et en application internationale ; 8° en un Livre-Institut ou Institut-Livre consacré à chaque science et joint à un Institut central.

f) Comment parviendrons-nous à condenser, abréger, simplifier, rendre assimilable la science de notre temps ? Elle est devenue si vaste qu’elle menace de dominer le