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ÉLÉMENTS LINGUISTIQUES

La linguistique est la science du langage en tant que phénomène naturel. Elle est alliée à l’étude scientifique des diverses langues existantes ou ayant existé : Philologie comparée, étymologie scientifique, phonologie, glossologie, grammaires comparées, idiomographie, philologie ethnographique. (Sur les rapports de la Linguistique avec la Bibliologie, voir n° 152.)

6. Psychologie. — Pour Meillet (caractères généraux des langues germaniques), la philologie comparée est fondée sur ce principe psychologique : pour rendre compte des transformations, il fait appel à des tendances ou « principes actifs de changement ». La réalité de ses tendances se mesurant à la réalité de leur manifestation dans les faits, il n’y a pas d’inconvénients à postuler leur existence avant même qu’elles se traduisent dans les données, ainsi que leur persistance après même leur dernière manifestation selon l’ordre chronologique.

7. Division du langage. — Raoul de la Grasserie a donné les divisions naturelles suivantes de chaque langage normal.

  SYLLABUSCOPIE (La syllabe) PRÉMIASCOPIE (Le mot) PRATERSCOPIE (La phrase soit simple soit composée)
Phonologie. Gamme des phénomènes, quantité, genèse, croissance, décroissance. Harmonie vocalique, accent tonique, apophonie, périphonie. Accent des proclitiques et enclitiques, liaisons.
Morphologie. Différentiation dans les langues monosyllabiques. Lexicoscopie, racine, réduplication, composition, dérivation, variation vocalique, formes du genre, du nombre, de la détermination, du temps. Grammatoscopie, déclinaison et conjugaison, soit synthétique par flexion interne ou externe, ou variation vocalique, soit analytique par préposition.
Idéologie. Différentiation du sens des mots, au moyen des différents sons.
Différentiation de la partie du discours auquel un mot appartient, d’après l’ordre des monosyllabes.
1° Concept et emploi du genre, du nombre, de la détermination, du temps.
2° Concept et emploi des différentes parties du discours.
3° Concept des idées et leur application aux mots ou sensitiques.
1° syntaxe d’emploi, emploi de la déclinaison et de la conjugaison, des prépositions, etc.
2° Syntaxe d’accord.
3° Syntaxe d’expression des relations par l’ordre obligatoire des mots.

8. La Grammaire. — a) La grammaire se définit l’art qui enseigne à parler et à écrire correctement. Elle est née longtemps après la poésie et l’éloquence. Les premières traces qu’on en trouve en Occident sont éparses dans Platon et Aristote ; elle ne commençait à former une science à part que lorsque les philosophes d’Alexandrie et de Pergame s’en occupèrent en analysant la langue grecque. La plus ancienne grammaire est due à Denys le Thrace, élève d’Aristarque. Vers la fin du XVIIIe siècle seulement parut la première grammaire philosophique due à Arnauld et désigné souvent sous le nom de Méthode de Port-Royal Au XIXe siècle. S. de Sacy produisit sa Grammaire Générale. On possède de nos jours des grammaires de toutes les langues, y compris celles des peuple, primitifs dont les linguistes ont étudié le parler.

b) Certains grammairiens (James Harris) ont ramené les dix espèces de mots auxquels l’analyse ramène tout le discours à deux grandes classes : 1° les mots significatifs par eux-mêmes ou principaux ; comme il n’existe que des substances et des attributs (adverbe, adjectif, participe-adverbe), les mots ne peuvent être que substantifs (noms, prénoms) ou attribut, (adverbe, adjectif, participe-adverbe) ; 2° les mots significatifs par relation ou accession. Ils servent à mieux désigner ou déterminer les êtres (définitifs), soit à unir entr’eux les êtres ou les faits (connectifs : articles, pronoms démonstratifs, possessifs, indéfinis, la conjonction et la préposition que certaines langues remplacent au moyen de la déclinaison).

Les idées de durée, de temps, d’espace dans leur acceptation métaphysique donnent des formes au langage. La pensée analysée dégage les modes de propositions qui sont ou perceptives (indicatif des verbes) ou volitives (autres temps).

223.2 La Parole et l’Écrit.

1. La Parole. — La parole est une voix articulée qui exprime quelque idée proprement dite. La voix articulée est celle qui résulte de l’émission non seulement de voyelles, mais encore de consonnes, et par conséquent de syllabes. La parole selon la pensée de saint Augustin est le premier et comme le roi des signes : « Verba obtinuerunt principatum significandi ». La parole seule est pleinement vivante, l’écriture est morte et ne revit que par l’interprétation, comme Platon l’a déjà remarqué.

    philologie embrasse l’étude de toutes les manifestations de l’esprit humain dans l’espace et dans le temps. Elle se distingue aussi de la psychologie proprement dite qui étudié l’esprit au moyen de la conscience, indépendamment de l’espace et du temps, dans son essence et non dans ses œuvres.