Page:Ourliac - Nouvelles.djvu/302

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grand succès dans le Mercure de France, et qu’un illustre académicien, M. Marmontel, crut pouvoir pronostiquer à mon élève les plus belles destinées littéraires.

Jacques remonta au plus haut de sa fortune ; il fut admis dans de bonnes maisons, et les libraires retournèrent lui offrir de l’argent. Le cher enfant s’enivra de ce triomphe et sa première pensée fut d’en écraser son persécuteur ; il croyait venger avec lui mille infortunés, et la société tout entière en démasquant un pareil monstre.

À peine établi dans sa nouvelle liberté, il écrivit contre lui un pamphlet brûlant d’indignation. Ce fut une grande faute, je le sais, bien que le plus pur amour de l’humanité respirât dans cet écrit. De sages amis lui conseillèrent de le supprimer, mais ne le purent obtenir. La plaie était trop saignante et Jacques était trop jeune. Le pamphlet parut et fit un bruit énorme. La conduite et le caractère de cet horrible homme y étaient peints en traits de feu ; tout Paris apprit à le connaître, et ce fut pour lui comme le fer rouge du bourreau. Il ne bougea point de son ombre ; mais il serait impossible de dire la fureur et l’effroi qui cuvaient dans cette vilaine âme. Malheureusement, tout en châtiant ce misérable, le pamphlet ne fit pas du bien à l’auteur.

On n’accorde jamais grande faveur à un écrit de ce genre. Des gens dévots et que je ne veux pas juger, crurent avoir affaire à un faiseur de scandales, si bien que M. Lecamus, qui, du reste, alla gémir partout, demeura dans sa place.

Cependant Jacques fut accueilli à bras ouverts parmi des confrères recommandables ; il travaillait, et on le payait honorablement ; mais parmi ses connaissances il