Page:Ourliac - Nouvelles.djvu/304

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un grabat, dans un grenier ouvert à tous les vents, sans feu, sans eau et sous la garde d’une vieille femme, qui grondait sans cesse de ce qu’il ne la payait pas. Le pauvre jeune homme se mourait, car le chagrin, le travail, la pauvreté l’avaient accablé de maladies. La tapissière, qui s’appelait madame Lanoue — je retiendrai ce nom-là toute ma vie — le trouva si faible et si ruiné, qu’ils eurent peine à se reconnaître l’un l’autre. La bonne femme, qui l’avait vu jeune et plein d’espérance, fut si touchée de cette situation, qu’elle faillit se trouver mal. Jacques essayait de parler ; mais madame Lanoue, au lieu de réclamer sa dette, se pencha sur le lit, prit la main du malade, et lui dit ces propres paroles, mes bons messieurs, que je n’oublierai jamais :

— Venez chez moi, mon cher enfant ; je ne suis pas riche, mais je ne me pardonnerais pas d’abandonner un chrétien dans le dénûment où vous êtes.

Jacques la remercia d’un regard, et, en effet, elle donna quelque monnaie à la vieille, qui ne demandait pas mieux que d’être débarrassée ; elle enveloppa le malade de ses couvertures, et l’amena chez elle dans une chaise. — Elle était établie en boutique près de l’église Saint-Thomas d’Aquin. — Son mari ne fut pas peu surpris de la voir revenir avec son débiteur en cet état ; mais la charité de cette excellente femme l’emporta sur toutes les représentations qu’il put faire.


Ici le bonhomme s’arrêta, comme il avait déjà fait plusieurs fois, pour essuyer ses yeux. Puis il reprit :


Jacques fut couché dans un bon lit en haut de la maison