Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/115

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embûches. Je montai les degrés du temple élevé de Diane ; est-il un asile qui doit être plus sûr ? À mes pieds vient rouler une pomme avec ces vers… Hélas ! J’allais te faire encore le même serment. Ma nourrice la prend, et, dans sa surprise : "Lisez tout," dit-elle. J’ai lu, grand poète, tes insidieuses paroles. Au nom d’hymen, prononcé par ma bouche, confuse et honteuse, je sentis la rougeur couvrir mon visage, et je tins mes yeux comme fixement attachés sur mon sein, ces yeux qui avaient prêté leur ministère à tes projets. Cruel, pourquoi te réjouir ? Quelle gloire as-tu acquise ? Quel mérite y a-t-il à un homme de tromper une jeune fille ? Je ne m’étais pas présentée à toi armée de la hache et du bouclier, telle que Penthésilée dans les champs d’Ilion ; aucun baudrier d’amazone, orné de ciselures et d’or, ne fut, comme celui d’Hippolyte, le butin de ta victoire[1]. Faut-il que tu triomphes ainsi, parce que tes paroles ont été pour moi un leurre, parce qu’une jeune fille sans expérience s’est laissé prendre à tes ruses ? Une pomme fut un piège pour Cydippe, un piège pour la fille de Schoené : tu seras donc désormais un autre Hippomène[2] ?

Mais, si tu étais sous la puissance de cet enfant que tu dis avoir je ne sais quel flambeau[3], il eût mieux valu n’agir que selon les lois du bien, et ne pas détruire par la fraude tes espérances ; il l’allait m’obtenir par des prières et non par surprise. Pourquoi, lorsque tu désirais ma main, ne pensais-tu pas devoir déclarer ce qui pouvait me faire désirer la tienne ? Pourquoi voulais-tu plutôt me contraindre que me persuader, si je pouvais me rendre à une proposition d’hymen ? Que te sert maintenant que j’aie juré par la formule d’un serment, et que ma langue ait pris à témoin une déesse qui m’entendait ? C’est l’âme qui jure, et je n’ai rien juré de concert avec elle. Elle seule peut donner de la force à un serment. C’est la réflexion, c’est un sentiment raisonné qui jure ; on n’est véritablement lié que par sa volonté libre. Si j’ai voulu te promettre ma main, exige l’exécution de cette promesse d’hymen et les droits qui te sont dus : mais, si je n’ai rien donné, hormis une parole sans la participation du cœur, tu invoques en vain des mots sans valeur. Je n’ai pas fait de serment ; j’ai lu les paroles d’un serment. Ce n’est pas de cette manière que tu devais devenir l’époux de mon choix. Trompe ainsi d’autres femmes ; qu’une lettre succède à la pomme. Si ce moyen te réussit, ravis les immenses trésors du riche ; fais que les rois te promettent par serment le don de leurs royaumes ; et deviens le possesseur de tout ce qui te plaît dans l’univers. Tu es, crois-moi, beaucoup plus puissant que Diane elle-même, si ce que tu écris possède un si merveilleux pouvoir.

  1. Penthésilée, reine des Amazones, auxiliaires des Grecs pendant le siège de Troie, périt dans cette guerre. — La défaite de l’amazone Hippolyte est un des travaux d’Hercule.
  2. Voyez la note 22 de l’épître XVI, et les Métam. I. X, v. 666.
  3. Voyez les vers 232 et 234 de l’épître précédente.