Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/116

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Cependant, après t’avoir ainsi parlé, après avoir fermement refusé d’être à toi, après avoir bien plaidé contre la promesse que j’ai faite, je redoute, je l’avoue, le ressentiment de la cruelle fille de Latone, et je la soupçonne de causer le mal que j’éprouve. Pourquoi, en effet, chaque fois que se prépare la solennité du mariage, les membres de la fiancée tombent-ils de langueur ? Trois fois déjà L’Hyménée, qui venait aux autels élevés pour lui, a fui loin d’eux, et s’est éloigné du seuil de la chambre nuptiale.À peine les flambeaux, autant de fois arrosés d’huile, se sont ranimés sous sa main paresseuse ; à peine il en a agité la lumière, que je la vois s’éteindre. Souvent ses cheveux ornés d’une couronne distillent les parfums, et il traîne un manteau tout éclatant de pourpre : mais, lorsqu’il a touché le seuil, il voit des larmes, l’appréhension de la mort, et tout un appareil étranger à son culte ; lui-même alors il jette au loin les couronnes détachées de son front, et essuie avec colère les onctueux parfums qui faisaient briller sa chevelure. Il est honteux de la joie qu’il apportait au milieu d’une foule attristée, et la rougeur de son manteau passe sur son visage. Mes membres sont, hélas ! embrasés des feux de la fièvre, et les tissus qui me couvrent m’écrasent de leur poids ; je vois se pencher sur moi mes parents éplorés, et la torche de la mort luit ici au lieu de celle de l’Hyménée. Épargne une malade, déesse fière des couleurs de ton carquois ; et prête-moi dès à présent la salutaire assistance de ton frère[1]. Il est honteux pour toi qu’il dissipe les causes du trépas, et que tu sois au contraire l’artisan de ma mort. Quand tu voulais, à l’ombre d’un bois, te baigner dans une fontaine, ai-je porté sur ta chaste nudité des regards indiscrets ? Ai-je, parmi ceux de tant de dieux, négligé tes autels Ma mère a-t-elle méprisé la tienne ? Je ne suis coupable que d’avoir lu un parjure, et su comprendre une inscription fatale. Toi aussi, si ton amour n’est pas un mensonge, brûle pour moi de l’encens : qu’elles me servent, les mains qui m’ont nui. Pourquoi rends-tu impossible ton union avec la jeune fille, irritée de se voir ta fiancée sans être encore à toi ? Tu as, si je vis, tout à espérer ; pourquoi l’impitoyable déesse nous arrache-t-elle, à moi la vie, à toi l’espérance de me posséder !

Non, ne crois pas que celui qu’on me destine pour époux réchauffe, en les couvrant de ses mains, mes membres malades : il s’assied, il est vrai, près de moi, autant qu’on le lui permet ; mais il n’oublie pas que mon lit est celui d’une vierge. Déjà même il semble agité de je ne sais quelle vague inquiétude : ses larmes coulent souvent pour une cause inconnue ; il est moins hardi dans ses caresses, reçoit de rares baisers, et m’appelle son épouse d’une

  1. On sait qu’Apollon avait la médecine dans ses attributions.

    … opifer per orbem
    Dicor, et herbarum subjecta potentia nobis.

    (Ovid. Metam., 1. II, v. 52.)