Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/322

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les métamorphoses

Théron avec Lélaps ; Ptérélas et Agré, également précieux, l’un par son agilité, l’autre par la finesse de son odorat ; Hylé, blessé naguère par un sanglier farouche ; Napé, qu’un loup fit naître ; Pémenis, qui marchait autrefois à la suite des troupeaux ; Harpye, accompagnée de ses deux petits ; Ladon de Sicyone aux flancs évidés, et Dromas, et Canace, et Sticté, et Tigris, et Alcé ; Leucon, aussi blanc que la neige, et le noir Asbole, et le robuste Lacon ; Aello, infatigable à la course, et Thoüs, et l’Aigle ; Lycisque avec son frère Cyprius ; Harpale, dont le front noir est marqué d’une tache blanche, et Mélanée, et Lachné au poil hérissé ; Labres et Agriode, nés d’un père de Crète et d’une mère de Laconie ; Hylactor à la voix perçante, et vingt autres qu’il serait trop long de nommer. Cette meute, avide de curée, se précipite à travers des rochers inaccessibles, à travers des sentiers escarpés ou sans voie ; Actéon fuit dans ces mêmes lieux où tant de fois il a poursuivi les hôtes des forêts. Hélas ! il fuit les siens ! il voulait leur crier : « Je suis Actéon, reconnaissez votre maître ». La parole trahit sa volonté. Cependant les chiens font retentir l’air de leurs aboiements. Mélanchète lui fait au flanc la première blessure, Théridamas la seconde, la dent d’Orésitrophe s’attache à son épaule. Ils étaient partis les derniers ; mais un sentier qui coupe la montagne leur permet de devancer la meute. Tandis qu’ils retiennent leur maître, elle arrive toute entière, et se jette à coups de dents sur Actéon. Bientôt il ne reste plus sur tout son corps de place à de nouvelles blessures ; il gémit, et si ses accents ne sont pas ceux d’une voix humaine, un cerf du moins ne saurait les faire entendre ; il remplit de ses cris lamentables les monts témoins de ses fatigues. Agenouillé, et dans une attitude suppliante, ne pouvant leur tendre les bras, il promène sur ses compagnons de muets regards. Cependant ils excitent la troupe alerte par leurs cris accoutumés ; ils ignorent le sort d’Actéon, le cherchent des yeux, et, comme s’il était absent, l’appellent à l’envi. À ce nom d’Actéon, il retourne la tête et les entend se plaindre de son absence et de sa lenteur à venir contempler la proie qui lui est offerte. Hélas ! il n’est que trop présent ; il voudrait ne pas l’être, il voudrait être le témoin, et non pas la victime des cruels exploits de sa meute ! Les chiens, l’entourant de tous côtés, plongent leurs dents dans les membres de leur maître, caché sous la forme trompeuse d’un cerf, et les mettent en lambeaux.

Ce ne fut qu’en exhalant sa vie par ses nombreuses blessures qu’il assouvit, dit-on, le courroux de la déesse qui porte le carquois.

La nouvelle du châtiment d’Actéon est diversement accueillie : les uns accusent la déesse de cruauté, d’autres approuvent sa rigueur, et la proclament digne de son austère chasteté ; chacun trouve des motifs plausibles à l’appui de son opinion. La seule épouse de