Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/368

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les métamorphoses

de doux aliments ». Le Barbare, jaloux d’usurper l’honneur d’un si grand bienfait, offre à Triptolème l’hospitalité ; et, tandis que le sommeil appesantit ses yeux, il l’attaque, le fer à la main. Il allait lui percer le sein ; mais Cérès le change en lynx, et commande au jeune Athénien de lancer de nouveau dans les airs ses coursiers sacrés ».

La plus âgée de nos sœurs avait fini ses doctes chants ; les nymphes, d’une voix unanime, décernent la palme aux divinités qui résident sur l’Hélicon. Nos rivales vaincues ont recours à l’injure : « C’est trop peu pour vous, leur dit la Muse, d’avoir mérité votre châtiment par un téméraire défi ; à cette faute, vous ajoutez l’insulte. La patience n’est plus en notre pouvoir ; nous saurons vous punir et suivre les mouvements de notre colère ». Les filles de l’Émathie accueillent ces menaces par le rire du mépris ; elles veulent parler, et joindre à la violence de leurs clameurs des gestes insolents. Tout à coup elles voient des plumes se faire jour à travers leurs ongles, et leurs bras se couvrir de duvet : se regardant l’une l’autre, elles voient leur bouche se durcir en un bec allongé ; oiseaux d’une espèce nouvelle, elles vont peupler les forêts. Elles veulent meurtrir leur sein, mais leurs bras agités les soulèvent et les tiennent suspendues dans les airs ; elles sont métamorphosées en pies, hôtesses injurieuses des forêts : sous leur nouveau plumage, elles ont conservé leur ancien caquet, leur voix rauque et babillarde, et leur désir insatiable de parler.