Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/37

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ma main tiendra la traîne. Je demande seulement que ton épouse ne me persécute pas. Je crains, je ne sais pourquoi, qu’elle ne me soit point favorable. Ne souffre pas qu’on me rase la tête en ta présence[1], et ne dis pas d’un ton léger : "Elle aussi fut à moi." Ou plutôt souffre-le, pourvu que tu ne m’abandonnes pas avec dédain. Hélas ! Malheureuse, cette crainte agite tous mes membres.

Qu’attends - tu pourtant ? Agamemnon se repent de son emportement, et la Grèce affligée est à tes genoux. Partout vainqueur, sache aussi vaincre ta colère et ton ressentiment. Pourquoi l’infatigable Hector démembre-t-il la puissance des Grecs ? Prends tes armes, fils d’Éaque, mais auparavant que je retourne auprès de toi. Conduit par le dieu Mars, poursuis des guerriers déjà en désordre. Allumé pour moi, que pour moi ton courroux s’apaise ! Que je sois et la cause et le terme de ces ressentiments ! Ne crois pas qu’il soit humiliant pour toi de céder à mes instances. Le fils d’Oenéus a pris les armes à la prière d’une épouse. Je l’ai ouï dire et tu le sais aussi. Privée de deux frères, une mère maudit l’avenir et les jours de son fils. La guerre était déclarée. Ce fils, dans sa colère, dépose les armes et se retire. Il refuse obstinément à sa patrie le secours de son bras. Son épouse seule put le fléchir. Elle fut plus heureuse, elle ! Mais moi, mes paroles sont sans pouvoir, et tombent inutiles. Je ne m’en indigne pas toutefois. Je ne suis pas regardée comme ton épouse, et c’est comme esclave que j’ai été le plus souvent appelée à partager la couche de mon maître. Une femme captive, il m’en souvient, me donnait le titre de maîtresse : "A la servitude, lui dis-je, tu ajoutes le poids d’un nom." Et pourtant, par les ossements d’un époux que recouvre mal un sépulcre élevé à la hâte, par ces ossements toujours vénérables à mes yeux, par les âmes courageuses de mes trois frères, que j’adore comme des dieux et qui ont péri pour leur patrie et péri avec elle, par ta tête et par la mienne, que l’amour rapprocha, par ton épée, arme connue des miens, aucun Mycénien, je le jure, ne partagea ma couche. Si je te trompe je consens à ce que tu m’abandonnes. Si maintenant je te disais : "Jure aussi, vaillant guerrier, que tu n’as goûté sans moi aucun plaisir", tu ne pourrais l’affirmer. Mais les Grecs pensent que tu pleures mon absence. On charme tes oreilles par les sons de la lyre. Une douce amie te réchauffe sur son sein, et si quelqu’un cherche à savoir pourquoi tu refuses de combattre, "c’est que la guerre est l’ennemie de la cithare, que la nuit et l’amour ont mille charmes, qu’il est plus sûr de rester étendu sur un lit, de tenir dans ses bras une jeune fille, de faire résonner sous ses doigts une lyre de Thrace, que de soutenir sur son bras le bouclier et la lance au fer acéré, et sur sa tête un

  1. On rasait les cheveux aux esclaves.