Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/38

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casque pesant." Mais tu préférais le courage et l’honneur à des jours tranquilles et sûrs, et tu te montrais jaloux de la gloire acquise dans les combats. N’était-ce donc que pour me faire ta captive, que tu aimais la guerre homicide ? Et ta gloire est-elle restée ensevelie sous les ruines de ma patrie ? T’en préservent les dieux ! Ah ! Que plutôt ta lance du mont Pélias, brandie par un bras vigoureux, traverse le flanc d’Hector.

Grecs, envoyez-moi vers lui. Députée par vous, je prierai mon maître, je mêlerai à mes discours des baisers sans nombre, je ferai plus que Phénix, plus que l’éloquent Ulysse, plus aussi, croyez-moi, que le frère de Teucer. Des bras entourant un cou habitué à leurs étreintes ne sont pas sans pouvoir, non plus que le sein que j’offrirai alors à ses yeux charmés. Quoique barbare et plus cruel que les ondes de ta mère, tu seras, sans que je parle, attendri par mes larmes.

Maintenant encore, et puisse à ce prix Pélée, ton père, compléter le nombre de ses années, et Pyrrhus débuter sous tes auspices dans la carrière des armes ! vois Briséis éplorée, valeureux Achille, et ne laisse pas une infortunée se consumer dans une attente éternelle ou si ton amour a fait place au dédain, celle que tu contrains à vivre sans toi, contrains-la à mourir. Poursuis, et tu l’y contraindras. Mes grâces, les couleurs de mon visage ont disparu. Cependant l’unique espoir de te posséder soutient ce qui me reste de vie. S’il me faut y renoncer, j’irai rejoindre mes frères et mon époux, et il ne sera pas glorieux pour toi d’avoir voulu la mort d’une femme. Mais pourquoi la vouloir ? Plonge dans mon sein ton épée nue. J’ai du sang qui jaillira quand tu perceras ma poitrine. Ouvre-la avec ce glaive qui, si une déesse l’eût permis[1], devait traverser le tueur d’Atride. Mais plutôt, conserve ma vie, qui est un de tes bienfaits. Ce que, vainqueur, tu accordas à une ennemie, c’est une amie qui le demande. Pergame, ouvrage de Neptune, offre à ton courroux des victimes plus dignes de le satisfaire. La défaite d’un ennemi apaisera mieux ta soif de carnage. Mais soit que tu te disposes à livrer ta flotte aux efforts de la rame, soit que tu restes, rappelle-moi, comme un maître son esclave.


PHÈDRE À HIPPOLYTE

La jeune fille que la Crète a vue naître envoie au fils de l’Amazone le salut qui lui manquera à elle-même, si tu ne le lui donnes. Quelle qu’elle soit, lis ma lettre en entier. Quel mal crains-tu de cette lecture ? Peut-être même trouveras-tu quelque charme à la faire. À l’aide de ces signes, un secret parcourt et la terre et les mers. L’ennemi examine la lettre qu’il a reçue de son ennemi. Trois fois je résolus de m’entretenir avec



  1. Ce passage fait allusion à Junon, qui envoya Minerve pour arrêter le bras d’Achille, prêt à frapper Agamemnon.