Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/402

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


père, nous unit, l’amour nous unit encore. On me disait heureux, je l’étais ; et si les dieux l’eussent ainsi voulu, je n’aurais pas cessé de l’être. Le second mois s’écoulait depuis notre hyménée ; je tendais mes toiles aux cerfs parés de leur bois, lorsqu’un matin, du sommet toujours fleuri de l’Hymette, l’Aurore vermeille, chassant devant elle les ténèbres, m’aperçoit et m’enlève malgré ma résistance. Puissé-je dire la vérité sans offenser la déesse ! Sa bouche a l’incarnat de la rose, son empire touche aux limites du jour comme à celles de la nuit, elle s’abreuve de nectar ; mais j’aimais Procris : Procris était dans mon cœur, le nom de Procris était toujours sur mes lèvres. J’alléguais et la foi des serments, et les embrassements d’un nouvel hymen, et la couche nuptiale qui venait de se dresser pour moi, et les droits encore récents du lit de Procris, en ce moment solitaire. La déesse s’indigne : « Cesse tes plaintes, ingrat ! garde Procris, dit-elle ; si je sais lire dans l’avenir, un jour tu voudras ne l’avoir jamais possédée ». Et, dans la colère qui l’anime contre Procris, elle me chasse. Je reviens, et repassant en moi-même les paroles de la déesse, je commence à craindre que mon épouse n’ait pas respecté le lit conjugal ; sa beauté, son âge autorisent le soupçon d’une infidélité, sa vertu le défend. Mais j’avais été absent ; mais celle que je quittais m’offrait un exemple d’infidélité, mais tout éveille les craintes des amants. Je m’applique à me chercher des tourments, et veux tenter par des présents la vertu de Procris. L’Aurore seconde mes terreurs et change les traits de mon visage (je crois le sentir). J’arrive, méconnaissable, dans les murs consacrés à Pallas, j’entre dans ma maison. Là, nulle trace du crime ; tout, au contraire, y respirait l’innocence, et l’inquiétude pour un maître perdu. Ce n’est que par mille artifices que je pus obtenir un accès auprès de la fille d’Érechthée ; immobile à son aspect, je faillis renoncer à l’épreuve que j’avais résolue ; je ne contins qu’avec peine et mes aveux et mes baisers (ah ! j’aurais dû suivre ce désir). Elle était triste ; mais, malgré sa tristesse, aucune femme n’aurait éclipsé sa beauté. Le regret de la perte d’un époux dévorait son âme. Jugez, Phocus, quel devait être l’éclat de ses charmes, puisqu’il brillait encore à travers sa douleur. Vous dirai-je combien de fois sa pudeur repoussa mes attaques, combien de fois elle me dit : « J’appartiens à un seul ; en quelque lieu qu’il soit, c’est de lui seul que j’attends mon bonheur » ? Quel homme raisonnable n’eût été satisfait d’une telle épreuve de fidélité ? Elle ne me suffit pas, et je veux encore aigrir mes blessures. Je promets des trésors pour une seule nuit, et je porte si haut mes promesses que, vaincue à la fin, elle paraît