Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/42

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moi tu seras en sûreté. Ta faute te méritera des éloges, fusses-tu même aperçu dans mon lit. Seulement bannis tout retard, et hâte le moment de cette union. Qu’à ce prix, Amour, maintenant cruel pour moi, t’épargne les tourments qu’il cause.

Je ne dédaigne pas de descendre à d’humbles prières. Hélas ! Où est maintenant le faste ? Où est l’orgueil de mes paroles ? J’avais résolu de combattre longtemps, et de ne pas céder à ma passion. Comme si l’amour ne triomphait pas de nos résolutions ! Vaincue et suppliante, je presse tes genoux de mes mains royales. Nul amant ne voit ce qu’exige la dignité. Je ne rougis plus, la pudeur une fois bannie renonce à son empire. Pardonne à ces aveux, et dompte un cœur cruel. Que me sert d’avoir pour père Minos qui tient des mers sous son sceptre[1] ? Que me sert que la foudre s’échappe en serpentant des mains de mon aïeul ? Que mon grand-père[2], le front ceint de rayons étincelants, ramène sur son axe brillant la douce chaleur du jour ? La noblesse disparaît devant l’amour. Prends pitié de mes ancêtres, et si tu ne veux m’épargner, épargne au moins les miens. J’ai pour dot la Crète, île de Jupiter. Que toute ma cour obéisse à mon Hippolyte.

Laisse fléchir ton orgueil. Ma mère a pu séduire un taureau. Seras-tu plus cruel qu’un taureau farouche ? Par Vénus qui me possède, prends pitié de moi, je t’en conjure. Puisses-tu, à ce prix, n’aimer jamais qui pourrait dédaigner ton amour ! Qu’à ce prix la déesse des forêts te protège dans ses retraites solitaires ! Que les bois touffus offrent à ton bras de nombreuses victimes ! Qu’à ce prix, les Satyres et les Pans, divinités des montagnes, te soient favorables, et que le sanglier tombe percé du fer de ta lance ! Qu’à ce prix les Nymphes, quoiqu’on dise que tu hais leur sexe, présentent à ta soif brûlante une onde qui l’apaise ! C’est au milieu des larmes que je te fais ces prières. Tu lis jusqu’au bout ces paroles suppliantes, et mes larmes, tu peux te les représenter.


ŒNONE À PARIS

Me lis-tu ou ta nouvelle épouse s’y oppose-t-elle[3] ? Lis : cette lettre n’a pas été écrite par une main de Mycènes[4]. C’est Œnone, la naïade célèbre dans les bois de la Phrygie, qui, offensée, se plaint de toi, mon époux, si tu veux me le permettre. Quel dieu a opposé à mes vœux sa divinité ennemie ? Pour ne plus être à toi, quel crime ai-je commis ? On doit, quand on l’a mérité, supporter le malheur avec constance, mais la peine dont on ne s’est pas rendu digne, on la ressent douloureusement.

Tu n’étais pas célèbre comme aujourd’hui lorsque je me contentai de toi pour époux, moi

  1. Minos, outre la Crète, possédait plusieurs îles dans la Méditerranée.
  2. Phèdre était arrière-petite-fille du soleil, par sa mère Pasiphaé.
  3. Elle veut parler d’Hélène, enlevée à Ménélas par Pâris.
  4. De la main de Ménélas, ton ennemi.