Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/428

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de la parole ». — Il dit, et s’avance fièrement contre moi. Après mon superbe langage, je rougissais de reculer. Je rejette ma robe ondoyante, et, les bras tendus, les poings arrondis devant ma poitrine, je me mets en posture, et m’apprête au combat. Il ramasse à pleines mains la poussière, et m’en couvre ; j’en couvre à mon tour ses membres jaunis ; il saisit tantôt ma tête, tantôt mes jambes, qui lui échappent sans cesse ; du moins il semble les saisir et me presser de tous les côtés ; mon poids me protège et rend ses efforts inutiles : tel un rocher que les flots assiègent à grand bruit reste immobile, affermi par sa propre masse. Nous nous éloignons un instant ; mais bientôt nous revenons au combat, fermes sur l’arène, et résolus à ne point céder la victoire : mon pied presse son pied ; la poitrine penchée en avant, mes doigts s’entrelacent à ses doigts, mon front heurte son front : ainsi j’ai vu deux fiers taureaux fondre l’un sur l’autre lorsque la plus belle génisse de la prairie doit être le prix du combat. Les troupeaux les regardent avec effroi, ne sachant auquel des deux la victoire destine un si glorieux empire. Trois fois Alcide voulut en vain repousser l’étreinte vigoureuse de ma poitrine ; par un quatrième effort, il s’arrache à mon embrassement, dégage ses bras, qu’il replie sur lui-même ; puis, d’un coup de sa main, car je dois dire la vérité, il me fait brusquement tourner, et tombe de tout son poids sur mon dos. Vous pouvez m’en croire, je ne cherche point dans ce récit une vaine gloire, je me sentis alors comme accablé sous la masse d’une montagne. Je pus à peine débarrasser mes bras inondés de sueur, et délivrer ma poitrine de ses nerveux enlacements. Il me presse haletant, et m’empêche de reprendre mes forces. Enfin, il me saisit à la gorge, me fait toucher la terre du genou et mordre la poussière. Inférieur en force, j’ai recours à mes artifices, et j’échappe des mains de mon ennemi sous la forme d’un immense serpent ; mon corps se replie en longs anneaux ; ma langue, avec d’horribles sifflements, agite un double dard. Le héros de Tirynthe sourit, et se moquant de mes stratagèmes : « Dompter des serpents fut un jeu de mon berceau, dit-il ; et, si tu l’emportes, Achéloüs, sur les autres dragons, qu’es-tu auprès de l’hydre de Lerne, enfantée par Échidna ? Elle renaissait de ses blessures fécondes, et je ne pouvais abattre une de ses cent têtes sans la voir remplacée par deux autres plus terribles encore. Ce monstre, dont le sang enfantait des vipères comme autant de rejetons, et qui puisait de nouvelles forces dans sa défaite, je le domptai et le fis mourir sous mes coups. Qu’espères-tu donc, toi qui, sous les dehors mensongers d’un serpent, te couvres d’armes étrangères, et te caches sous une forme empruntée ? » À ces mots, il enchaîne mon cou entre ses doigts de fer ; j’étouffe comme sous