Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/442

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mais tarir. Pouvaient-elles lui accorder une faveur plus grande ? Aussitôt, de même que la gomme coule goutte à goutte de l’écorce entrouverte par le fer, comme le bitume gluant s’épanche du sein fécond de la terre ; ou bien encore, comme au retour du zéphyr à la douce haleine, on voit les rayons du soleil fondre l’eau qui, glacée par l’hiver, avait cessé de couler ; ainsi, la petite-fille de Phébus se fond en larmes et se change en une fontaine, qui conserve toujours dans ces vallées le nom de Byblis, et qui verse son onde sous le noir feuillage d’un chêne.

Le bruit de ce prodige eût peut-être rempli les cent villes de Crète, si la métamorphose d’Iphis n’avait rendu la Crète elle-même témoin d’une merveille récente. La ville de Phaestos, voisine de Gnosse, avait vu naître Ligdus, homme sans nom, d’une condition obscure, mais libre ; sa fortune n’était pas plus brillante que son origine ; mais ses mœurs et sa probité étaient irréprochables. Sa femme allait devenir mère et touchait au jour de l’enfantement, lorsqu’il lui tint ce discours : « Je forme un double vœu : d’abord, que ta délivrance arrive sans trop de douleur ; ensuite, que tu me donnes un fils. La charge d’une fille est trop pesante, et la fortune m’a refusé les moyens de la supporter. Si le sort (puissé-je détourner ce malheur ! ) te rend mère d’une fille, je t’ordonne à regret,… ô pitié ; pardonne !… Elle périra ». Il dit, et cet arrêt fait verser d’abondantes larmes à celui qui le prononce, à celle qui l’entend ; cependant, par d’inutiles prières, Téléthuse conjure son époux de ne pas limiter ainsi ses espérances. Ligdus, inébranlable, persiste dans son dessein. À peine pouvait-elle porter le fardeau déjà mûr, qui pesait dans son sein, lorsqu’au milieu de la nuit et sous l’image d’un songe, elle voit ou croit voir la fille d’Inachus debout devant son lit, entourée d’un pompeux cortège. Un croissant, semblable à celui de la lune, s’élève sur sa tête que couronnent de blonds épis, brillants de l’éclat de l’or, et mêlés au diadème royal ; à ses côtés, étaient l’aboyant Anubis, la divine Bubastis, Apis, avec ses diverses couleurs, et le dieu qui enchaîne la voix et dont le doigt commande le silence, les sistres harmonieux, Osiris qu’on ne cherche jamais assez, et le serpent étranger dans cette île et tout gonflé de venins léthargiques. Téléthuse croit s’éveiller en sursaut, et voir des choses réelles ; la déesse lui parle en ces termes : « Téléthuse, ô toi qui m’es chère, dépose le fardeau de tes peines, trompe ton époux, n’obéis pas à ses ordres, et lorsque Lucine t’aura délivrée, quel que soit le sexe de ton enfant, n’hésite pas à le conserver. Je suis une divinité secourable, et je prête mon appui à ceux qui l’implorent. Tu ne te plaindras pas d’avoir honoré une ingrate déesse ». Après