Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/46

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il m’enseigna l’usage des plantes médicinales, et fit servir mes mains à sa science bienfaisante. Toute herbe secourable, toute racine qui, née sur le globe, est utile à l’art de guérir, m’est aujourd’hui connue. Malheureuse, que les simples n’aient point de remède pour l’amour ! Habile dans mon art, c’est à moi que cet art fait faute. Le dieu qui trouva ces remèdes salutaires a mené paître, dit-on, les génisses du roi de Phère, et fut consumé des feux dont je l’embrasai. Le soulagement que n’ont pu me procurer ni un dieu ni la terre, dont le sein fécond produit toutes sortes de plantes, tu peux, toi, me le donner. Tu le peux, et je le mérite. Accorde ta pitié à une jeune fille qui en est digne. Je n’apporte point avec les Grecs toutes les fureurs de la guerre, mais je suis à toi. C’est avec toi que j’ai passé mes plus jeunes années. Ah ! Que je sois encore à toi pour le reste de mes jours.


HYPSIPYLE À JASON

On dit que, maintenant de retour, ton vaisseau, riche de la Toison du bélier d’or, a touché les rivages de la Thessalie. Je te félicite, autant que tu le permets, de l’heureuse issue de ton expédition. Cependant, j’aurais dû en être informée par un écrit de ta main. Les vents peuvent bien avoir contrarié ton désir d’aborder dans mes états, selon ta promesse, mais les vents opposés n’empêchent pas d’écrire une lettre. Hypsipyle était digne que tu lui envoyasses ton salut.

Pourquoi faut-il que la renommée, et non une lettre de toi, m’ait appris la première que les taureaux consacrés à Mars avaient plié sous le joug ? Qu’une semence dispersée par ta main avait produit des moissons de guerriers, et que, pour périr, ils n’avaient pas eu besoin de ton bras[1] ? Qu’un dragon vigilant gardait la dépouille du bélier, et que ta main intrépide avait néanmoins enlevé la précieuse toison ? À ceux qui doutaient de cet exploit, si j’avais pu dire : "Il me l’a écrit lui-même", ah que je serais fière ! Mais pourquoi me plaindre du retard qu’a mis un époux à remplir son devoir ? J’ai obtenu, si tu n’as pas cessé d’être le mien, un grand acte de complaisance.

On dit que tu ramènes avec toi une enchanteresse barbare, qui usurpera dans ta couche la place qui m’est due. L’amour est crédule. Fassent les dieux qu’on dise que j’ai témérairement accusé mon époux de crimes imaginaires ! Naguère, des côtes de l’Hémonie, un hôte thessalien était venu me visiter ; à peine avait-il touché le seuil de ma demeure : "Que fait, lui dis-je, le fils d’Æson, mon époux ? " Interdit, il hésite à me répondre, et ses yeux restent fixés sur la terre. Soudain je m’élance, et déchirant la tunique qui couvre mon sein :

  1. Ces guerriers nés des dents d’un dragon s’entretuèrent en se combattant.