Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/461

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les métamorphoses

La trompette a donné le signal ; penchés en avant, tous deux s’élancent de la barrière, et leurs pas légers touchent à peine le sable uni qu’ils effleurent : sans se mouiller, leurs pieds raseraient les flots humides ; sans courber la tête des épis, ils voleraient sur la blanche moisson. De toutes parts on encourage Hippomène : ce sont des cris flatteurs, des paroles qui l’exaltent : « Bien ! bien ! redouble, jeune homme ! hâte-toi ! rassemble toutes tes forces ! Point de relâche ! À toi la victoire ! » Qui sait ? le rejeton de Neptune est peut-être moins charmé de ces vœux que la fille de Schœnée. Oh ! que de fois, pouvant le passer, ne suspend-elle pas son essor ! Elle contemple longtemps le visage d’Hippomène, et ne s’en détourne qu’à regret.

Mais il s’épuise, un souffle haletant s’échappe de sa bouche aride, et le terme est bien loin encore. Dans cette extrémité, le fils de Neptune lance un des fruits séducteurs ; la vierge s’étonne, la pomme l’éblouit et l’attire ; elle s’écarte, elle s’empare de l’or qui roule ; Hippomène la devance ; le cirque retentit d’acclamations. Atalante s’est oubliée ; d’une course légère, elle regagne le temps qu’elle a perdu, et le jeune homme est laissé derrière elle. Une seconde pomme arrête son élan ; une seconde fois elle a ressaisi l’avantage. Restait un faible intervalle à franchir. « À moi ! s’écrie-t-il ; à moi, déesse tutélaire ! » Et afin de la retarder plus encore, il lance obliquement, de toute la force de sa jeune main, cet or qui roule vers l’un des côtés de l’arène ; la vierge semble hésiter ; j’aiguillonne son envie, elle y cède, et je rends la pomme plus pesante dans ses mains. Tout la ralentit, le détour, le poids qui l’accable. Enfin, pour ne pas allonger mon récit plus que la course elle-même, Atalante est vaincue ; le vainqueur fait son épouse de sa conquête.

Dis-moi, sa reconnaissance, ne la méritais-je pas, Adonis ? ne méritais-je pas son encens et ses vœux ? La reconnaissance, il l’abjure ; l’encens, il ose me le dénier. Soudain, ma bonté se change en colère ; indignée de ses mépris, je veux qu’un exemple prévienne de nouveaux affronts ; je m’anime à châtier le couple profane.

Il est un temple que le noble Échion voua jadis à la mère des dieux, et qui se cache au fond d’un bois sombre. Comme ils passaient un jour en ces lieux, la fatigue d’une longue route les invite au repos. Un amoureux désir s’empare d’Hippomène ; c’est moi qui lui souffle cette intempestive ardeur.

Éclairé d’un faible demi-jour, près du temple s’ouvrait un réduit en forme de grotte, que la nature a creusé de ses mains. Là, dans cet asile des vieilles croyances, le prêtre avait rassemblé les images de bois des divinités antiques. Ils entrent, et leur flamme impure a souillé le sanctuaire ; les dieux se détournent d’horreur ; la déesse au front couronné de tours se demande si elle ne plongera point les coupables dans l’onde stygienne ; mais c’est un châtiment