Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/484

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jusqu’alors. Tous prient Nestor d’en raconter les détails. Achille surtout : « Parle, dit-il, car tous nous sommes également curieux de t’entendre ; parle, éloquent vieillard, vivante sagesse de notre âge. Dis-nous quel fut ce Cénée, comment il eut deux sexes, dans quelle guerre, dans quel combat tu le connus, quel guerrier le vainquit, si quelqu’un put le vaincre ». Alors le vieillard : « Mon grand âge est un obstacle à mes souvenirs : beaucoup des choses que j’ai vues dans mes premières années m’échappent ; beaucoup cependant sont restées dans ma mémoire, et il n’est pas un fait, soit de la paix, soit de la guerre, qui, plus que celui-ci, soit resté fixé dans mon esprit. S’il est un guerrier dont la longue vieillesse ait vu mille spectacles divers, c’est moi, sans doute, qui ai déjà vécu deux cents ans, et qui vois maintenant mon troisième âge d’homme.

» Cénis fut la plus belle des vierges de Thessalie, et sa beauté fut célèbre et dans la ville où tu reçus le jour, ô toi, fils de Pélée, et dans celles qui en sont voisines. Mille amants la recherchèrent en vain. Pélée, ton père, eût peut-être lui-même désiré cette alliance, mais déjà la main de Thétis lui était ou donnée ou promise. Cénis refusa tous ces amants : mais on dit que, sur le rivage désert, le dieu des eaux la surprit et lui fit violence. Neptune, charmé des plaisirs nouveaux qu’il vient de goûter : « Fais un vœu, dit-il à Cénis, et tu le verras accompli sur l’heure ». On dit encore que Cénis lui répondit : « L’outrage que tu m’as fait me dicte ma demande ; que désormais je n’aie pas à en souffrir un semblable : accorde-moi de n’être plus femme, et tu auras comblé tous mes vœux ». Cénis a prononcé d’un son de voix plus grave ces dernières paroles. Cette voix semble être, ou plutôt est en effet celle d’un homme. Déjà le dieu des mers a exaucé le vœu de Cénis, et, en outre, a rendu son corps impénétrable au fer. Le nouveau guerrier se retire tout joyeux de ses dons : désormais il se livre aux belliqueux travaux des hommes, et parcourt les champs qu’arrose le Pénée.

» Le fils redouté d’Ixion, Pirithoüs, s’unissait à la belle Hippodamie ; les Centaures, fils de la Nue, invités aux festins de l’hyménée, prirent place dans la caverne, théâtre de la fête. Les chefs des Thessaliens se rendirent à ces noces, et j’y assistai avec eux. Une foule joyeuse se presse dans la salle du festin ; on chante l’hyménée, la flamme brille dans le foyer. L’épouse de Pirithoüs, brillante de beauté, paraît entourée de matrones et de jeunes filles ; tous nous proclamons Pirithoüs heureux d’une telle union. Présage trompeur ! le plus farouche des farouches enfants de la Nue, Eurytus, enflammé par le vin, s’enflamme encore à la vue de la jeune épouse ; l’ivresse et la luxure le possèdent tout à la fois.