Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/507

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les métamorphoses

informe, bientôt c’est un oiseau qui s’envole avec mille frères qui doivent au même prodige leurs ailes bruyantes. Trois fois ils tournent autour du bûcher, trois fois ils poussent ensemble le même cri ; puis on les voit se partager en deux bandes, s’attaquer avec rage, se déchirer et de l’ongle et du bec, s’épuiser en furieux efforts ; ils tombent en offrande sur la cendre dont ils sont nés, et ils n’oublient pas qu’ils ont reçu la vie d’un héros. Leur nom est le sien, et, tous les ans, les memnonides, renaissent pour combattre et mourir sur le tombeau de Memnon. Ainsi, quand tout le monde gémit sur Hécube, l’Aurore ne songe qu’à sa douleur ; elle pleure encore aujourd’hui, et ses larmes pieuses sont la rosée du matin.

Cependant l’avenir de Troie n’a pas été détruit avec ses murailles : le fils de Vénus emporte sur ses épaules les dieux d’Ilion et son vieux père, saint et pieux fardeau, seules richesses qu’il ait voulu sauver avec son Ascagne. C’est d’Antandre qu’il part et va chercher au-delà des mers un lieu d’exil. Il fuit le rivage impie de la Thrace, et cette terre abreuvée du sang de Polydore ; le vent et les flots favorables le conduisent à Délos, la ville d’Apollon. Anius, roi des hommes, et prêtre de Phébus, le reçoit ; il le conduit au temple, puis à sa demeure ; il lui montre la ville, les autels consacrés, les deux arbres que tenait embrassés Latone, dans les douleurs de l’enfantement. Après avoir versé l’encens et le vin dans la flamme du sacrifice, et brûlé, selon le rite, les entrailles de la victime, ils reviennent au palais, où, couchés sur de riches tapis, ils jouissent des présents de Bacchus et de Cérès. Alors, le vieil Anchise, s’adressant à Anius : « Prêtre sacré d’Apollon, lui dit-il, me trompé-je, ou n’avais-tu pas, lors de mon premier voyage dans cette île, un fils et quatre filles, si mes souvenirs ne me trompent pas ? Anius secoue sa tête ornée de bandelettes aussi blanches que la neige, et répond, d’une voix triste : « Tu ne te trompes pas, noble vieillard : tu m’as vu au milieu de cinq enfants ; et aujourd’hui, ô inconstance des choses humaines ! tu me vois, pour ainsi dire, seul : car mon fils absent est-il pour moi un appui ? Il possède Andros, à laquelle il a donné son nom ; il a quitté son père pour aller y régner. Apollon lui a donné le pouvoir de deviner l’avenir ; mais ses sœurs avaient reçu de Bacchus un autre don bien au-dessus des vœux et de la croyance humaine : sous leurs mains tout se changeait en blé, en huile ou en vin ; c’était une source inépuisable de richesses. Le destructeur de Troie, Agamemnon, apprit ce prodige (nous