Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/52

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cela n’est que mensonge, et ce n’est pas moi que ta langue a commencé à tromper. Je ne suis pas la première que tu aies fait gémir. Si tu cherches où est la mère du charmant Iule[1], elle a péri, laissée seule, abandonnée par son cruel époux. Tu me l’avais raconté. Mais ai-je craint pour moi ? Brûle-moi, je le mérite. Ce supplice sera trop doux encore pour ma faute. Je ne doute pas que tes dieux ne se vengent de toi. Depuis sept hivers, un destin contraire te fait errer sur la terre et sur les mers. Les flots t’ont jeté sur mes rivages. Je t’ai reçu, je t’ai offert un asile sûr, et à peine eus-je entendu ton nom, que je t’ai donné un royaume.

Plût aux dieux que j’eusse borné là mes bienfaits, et que le bruit de notre union fût resté enseveli ! Ce fut un jour fatal que celui où l’orage nous fit chercher, dans un antre profond, un abri contre une pluie soudaine ! J’avais entendu une voix. Je la pris pour le cri des Nymphes : c’étaient les Euménides, qui donnaient le signal à ma destinée. Pudeur outragée, venge Sichée de la violation de ma foi, en m’accablant de tortures, au-devant desquelles, malheureuse et pleine de honte, j’irai bientôt moi-même. Dans un temple de marbre est l’image sacrée de Sichée. Des guirlandes de feuillage et de blancs tissus la protègent et la recouvrent. De là il m’a semblé que sa bouche, qui m’est connue, m’avait appelée quatre fois. Il me disait même d’une voix faible : "Élise, viens." Plus de retard, je viens, je viens à toi, moi l’épouse qui t’appartient, mais toutefois d’un pas que ralentit la honte de ce que j’ai fait. Pardonne à ma honte. L’auteur en est séduisant, et m’a trompée. Il ôte à ma faute ce qu’elle a d’odieux. La déesse, sa mère, son vieux père, le pieux fardeau d’un fils, voilà ce qui m’a donné l’espoir d’une union légitime et durable. Si je devais errer, mon erreur a d’honorables motifs, joins-y la foi donnée, et je n’aurai plus à rougir de rien.

L’influence du destin qui pesait auparavant sur moi se fait sentir, jusqu’à la fin, et me poursuit jusqu’aux derniers instants de ma vie. Mon époux périt immolé aux pieds des autels de son palais, et c’est un frère qui obtient le prix d’un tel forfait. Je m’exile. J’abandonne les cendres d’un époux et ma patrie. Je fuis, à travers des routes périlleuses, mon ennemi qui me poursuit. J’aborde sur des plages inconnues. Echappée à mon frère et aux ondes, j’achète le rivage dont je te fis présent, perfide. Je fonde une ville, je l’entoure d’une vaste enceinte de murailles, objet d’envie pour les contrées voisines. Des guerres me menacent. Étrangère et femme, on essaie mes forces dans la guerre. Je fais à la fois et fermer les portes à peine achevées de ma ville et préparer les armes. Je plais à mille prétendants, qui viennent se plaindre à moi que je leur aie préféré pour époux je ne sais quel étranger. Que balances-tu à me livrer enchaînée au Gétule Iarbas ? Je prêterais mes bras à ton crime. J’ai aussi un frère, dont la

  1. Créüse, fille de Priam et d’Hécube, et épouse d’Enée.