Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/528

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dieux, fût-ce le dernier ; mais qu’il l’obtienne, o mon père ! C’est assez pour lui d’avoir vu une fois le triste empire, et les rivages du Styx ». Tout l’Olympe applaudit à ces paroles, et Junon ne garda plus son visage froid et immobile : elle sourit en donnant son aveu. Jupiter répond à Vénus : « Vous êtes dignes tous les deux de cette divine faveur, toi qui la demandes, et celui pour qui elle est demandée : reçois-la, ma fille, je te l’accorde ». Vénus heureuse lui rend grâces : elle monte sur son char conduit par des colombes, fend les airs, et descend sur la rive du Numicus, dont les eaux couvertes de joncs se traînent, en serpentant, jusqu’à la mer. Elle ordonne au fleuve d’ôter à Énée tout ce qu’il a de mortel, et de faire disparaître cette dépouille sous ses eaux silencieuses. Le fleuve obéit ; la partie périssable du héros est entraînée dans son cours ; l’essence divine reste seule. La déesse répand sur le corps ainsi purifié une céleste odeur, et sur les lèvres un mélange de nectar et d’ambroisie : Énée devient un dieu, que les Romains honorent sous le nom d’Indigète ; il a chez eux un temple et des autels.

Après Énée, Ascagne, qui fut aussi appelé Iule, réunit sous ses lois Albe et le Latium ; il eut pour successeur Silvius, dont le fils reçut le nom et le sceptre antique de Latinus, qu’il sut porter avec gloire. Après lui, régnèrent Épytès, Capys, Capétus, Tibérinus : ce dernier se noya dans les eaux de l’Albula, et leur donna son nom ; il eut pour fils Rémulus et le fier Acrotas. Rémulus était l’aîné ; il voulut imiter la foudre et périt consumé par elle. Acrotas, plus sage que son frère, laissa le trône au vaillant Aventin ; celui-ci repose sur la montagne où il avait régné, et qui porte encore aujourd’hui son nom.

Après lui, Procas gouvernait les peuples qui sont autour du mont Palatin. Sous son règne vivait Pomone. Parmi les Hamadryades du Latium, aucune ne fut plus habile dans la culture des jardins ; aucune ne connut mieux celle des arbres fruitiers ; de là son nom de Pomone. Elle n’aime ni les forêts ni les fleuves, mais les champs et les arbres qui plient sous une heureuse abondance. Sa main n’est pas armée d’un javelot, mais d’une serpe légère, soit pour émonder les jets d’une pousse déréglée et réprimer un luxe inutile, soit pour fendre l’écorce où elle greffe le bourgeon étranger que le tronc nourrira de sa sève. Jamais ses arbres n’ont souffert de la soif ; elle amène à leurs pieds des ruisseaux qui abreuvent les fibres altérées de leurs racines : ce sont là ses goûts, ses plaisirs ; elle ne songe pas à l’amour. Pour éviter la poursuite des dieux champêtres, elle ferme avec soins ses vergers ; elle prévient et fuit leur approche. Que n’ont pas essayé, pour la vaincre, et les satyres bondissants et