Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/116

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deux routes dussent diverger pour toujours. Je t’aime, et comme avec mon ensemble d’idées et d’habitudes, je suis heureux, et que toi, au contraire, tu te trouves malheureux, je voudrais épancher dans ton âme un peu de cette tranquillité qui règne ordinairement dans la mienne. Depuis quelque temps, depuis surtout que j’ai vu quelques jeunes gens mourir, la vie appris pour r moi un autre aspect. J’ai senti que jusqu’ici, bien que je n’eusse jamais abandonné les pratiques religieuses, je n’avais pas porté assez avant dans mon cœur la pensée du monde invisible, du monde réel. J’ai pensé que je n’avais pas fait assez d’attention à deux compagnons qui marchent toujours avec nous, même sans que nous les apercevions :Dieu et la mort. J’ai trouvé que le christianisme avait été pour moi jusqu’ici une sphère d’idées, une sphère de culte; mais pas assez une sphère de moralité, d’intentions, d’actions. La lecture des œuvres de Pellico m’a surtout pénétré de cette idée, et plus je m’y attache, plus je sens en moi-même de désintéressement, de bienveillance et de calme; il me semble aussi que je, comprends mieux les choses de la vie et que j’aurai plus de courage à les supporter; il me semble que j’ai un peu moins d’orgueil. Cependant, ne va pas croire que je sois devenu un saint ou un ermite. J’ai le malheur d’être fort éloigné de l’un et je n’ai pas de vocation pour l’autre. Tout en pensant, comme je viens de te le dire, je suis