Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/129

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Maintenant, voiià que je suis fâché de vous en avoir dit si long ; parce que vous allez vous tourmenter pour moi n’en faites rien, ma bonne mère, je vous en conjure. D’abord, n’est-il pas juste que je sois mis à l’épreuve ? Je suis en âge de jeûner, et demain je jeûne avec l’Église ne suis-je pas en âge aussi de souffrir un peu et de combattre comme elle ? Ensuite, ces pensées ne sont pas tellement ancrées dans mon esprit qu’elles ne laissent place a bien d’autres consolantes et joyeuses. Tantôt ce sont des souvenirs : j’aime beaucoup à me rappeler tout ce que je sais de ma vie, depuis mon enfance; souvent nous parlons de ce temps-là avec Chaurand; le collège y fait un épisode amusant, et la première communion une scène touchante dont tous les traits les plus minutieux sont profondément empreints dans ma mémoire. Puis, les premières jouissances de l’étude, les incertitudes, les recherches, la saine et fortifiante philosophie de l’abbé Noirot, et, au milieu de tout cela, bien des amitiés commencées sur les bancs des classes, et qui continuent encore ; Balloffet, Falconnet, Henri ;tous nos jeux, depuis l'arche de Noé et les soldats jusqu’aux promenades sentimentales et aux sérieuses parties d’échecs. Puis l’étude de l’avoué, l’ennui de la copie, les éternelles conversations avec le premier clerc, la brochure contre les saint-simoniens et le plaisir d’être imprimé et puis, au fond de tout le tableau, la vie de famille; vos caresses et vos