Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/16

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recevrez grande, ample, pleine de paroles, sinon de pensées ; vous aurez bonne mesure.

Or donc la lettre d’H… m’a appris que vous jouissiez tous deux d’une fort bonne santé ; je vous en félicite : l’âme est bien plus à son aise quand le corps est dispos, et l’on étudie avec-bien plus de facilité, de persévérance et de fruit ; quand la douleur ne vous assiége pas matin et soir de ses importunités. J’en parle avec quelque connaissance.

Mais, si vos organes sont bien portants, si le cerveau est libre, il paraît, d’après la lettre de l’ami H…, que c’est votre âme qui souffre, c’est votre pensée qui est malade, c’est vôtre-cœur qui est inquiet dans l’attente des choses qui vont arriver suspendus entre un passé qui s’écroule et un avenir qui n’est pas encore, vous vous tournez tantôt vers l’un, pour lui adresser un dernier adieu ; tantôt vers l’autre, pour lui demander : Qui es-tu ? Et comme il ne répond point, vous vous efforcez de pénétrer ses mystères, votre esprit s’agite en mille sens, se ronge, se dévore, et de là résulte un malaise invincible, inexprimable. Au milieu de ces travaux intellectuels, au milieu de cette agitation profonde qu’éprouve comme vous toute la capitale, vous songez à ce petit Ozanam, anciennement votre camarade de collège, aujourd’hui pauvre clerc de la bazoche, maigre disciple de la philosophie, et vous voulez savoir ce qu’il pense, ce qu’on pense autour de lui ?