Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/181

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venue du choléra, ni surtout de la maladie de ma mère. Je trouve dans ma famille bien des consolations et des jouissances. Mon frère aîné est mon ange gardien. Depuis longtemps nous projetions d’aller ensemble faire un pèlerinage à la Grande Chartreuse ; nous l’avons accompli, nous avons fait a pied une course de soixante lieues à travers le Dauphiné. Là, dans les montagnes qui forment le marchepied des Alpes, au milieu d’une nature magnifique, au bout d’un vallon entrecoupé de torrents et de cascades, bordé d’une végétation luxuriante et majestueuse, au milieu d’un creux de rochers, les uns sombres et arides, les autres couverts de mousse et de fleurs, au pied de pics élevés et couverts de neige, se trouve la Grande-Chartreuse, le chef-lieu général de l’ordre fondé en ce lieu même par saint Bruno. Là, soixante-huit moines, moines véritables, descendant sans interruption de leurs saints fondateurs, soumis à une règle austère, passent le jour dans le silence de la méditation et une partie de leurs nuits dans le chant des psaumes. Là, on ne se souvient plus du tumulte du monde et de la lutte des systèmes. Il règne un parfum du vieux christianisme, de prière, de sainteté, de quiétude. Religieux contemplatifs, on les a accusés d’égoïsme et d’oisiveté ; mais s’ils ne contribuent pas au bien social par-une action directe et immédiate, ils y contribuent par leurs vœux, leurs supplications, leurs sacrifices. Ce que