Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/182

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la froideur et la faiblesse de nos prières ne pourraient obtenir de Dieu, leurs oraisons et leurs larmes pieuses l’achètent pour nous ; et lorsque.la rosée tombe sur nos champs, ou qu’une bonne pensée s’élève dans notre âme, sans que nous sachions d’où elle vient, c’est peut-être du haut de ces montagnes sacrées qu’elle nous est venue. J’ai assisté aux matines chantées à onze heures du soir dans leur chapelle solitaire, j’ai entendu ce concert de soixante voix innocentes et j’ai songé à tous les crimes qui se commettent à cette heure-là dans nos grandes villes ; je me suis demandé si véritablement il y avait là assez d’expiation pour effacer tant de souillures, et je me suis souvenu des dix justes à la présence desquels Dieu eût accordé le salut de Sodome. Je suis donc revenu l’espérance au cœur, et avec un souvenir qui restera dans moi et pourra peut-être me servir quelquefois d’encouragement dans les jours mauvais peut-être en jaillira-t-il quelque inspiration vertueuse qui un jour me fera devenir meilleur.

Pour le présent, je suis toujours le même, le même que vous connaissez bien, toujours abondant en paroles et pauvre en œuvres, toujours souffrant de mon impuissance et de ma misère et ne pouvant me relever, agité de beaucoup de pensers et de sentiments divers et prenant peu de résolutions fortes, en accomplissant moins encore pétri d’égoïsme et de pusillanimité, marchandant avec Dieu et avec