Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/274

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que de nous condamner. Nous nous en prendrions volontiers au Créateur de ne nous avoir pas plus avantageusement doués ; nous sommes presque jaloux des facultés et des vertus d’autrui. Ainsi l’amour s’affaiblit, et l’égoïsme se cache sous cette trompeuse austérité de nos regrets nous ne nous déplaisons si fort que parce que nous nous aimons trop. Et en effet remarquez combien on se complaît dans la mélancolie premièrement, parce que c’est une manière de s’occuper de soi secondement, parce qu’à défaut de mérites que l’on voudrait trouver en soi pour les admirer, on est heureux d’y montrer du moins le chagrin de ne les pas avoir. C’est un sentiment d’apparence honorable, c’est une sorte de justice, c’est presque une vertu. Et puis il est plus commode de rêver que d’agir les larmes nous coûtent moins que la sueur ; et ce sont nos sueurs que la sentence inexorable nous demande. Ce peut donc être le commencement de la sagesse de faire rentrer l’homme en lui-même, et en effet la sagesse antique et païenne avait connu ce précepte mais, si l’on ne veut pas quel homme ainsi rentré en soi y meure de honte et de découragement, il faut faire descendre dans la prison un rayon d’en haut. Il faut quelque chose qui ne soit pas humain, qui vienne cependant visiter l’homme dans la solitude de son cœur, et qui t’en fasse sortir pour entrer en action ce quelque chose, c’est la charité ; c’est elle seule qui change le re-