Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/297

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nourrissent de souvenirs, et vous savez que le souvenir embellit toutes choses, idéalise les réalités, épure les images, et conserve plus volontiers les impressions douces que les émotions pénibles. Aussi toutes ces humbles scènes de notre vie d’étudiants, quand elles me reviennent au demi-jour du passé, ont-elles pour moi un charme inexprimable les réunions du soir aux conférences de M. Gerbet, qui avaient un peu le prestige du mystère, et dans lesquelles se firent nos premiers rapprochements ces luttes historiques, philosophiques où nous portions une ardeur de si bon aloi, où les succès se mettaient en commun de si grand cœur les petites assemblées de la rue du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice [1] , dont la première eut lieu au mois de mai, quoiqu’on dise Lamache, et j’y tiens, dussiez-vous me réputer superstitieux et cette fameuse soirée où nous assistâmes aux adieux.de l’Académie de Saint-Hyacinthe et revînmes sans désemparer rédiger la pétition à Monseigneur de Quélen et cette visite improvisée où nous nous rendîmes en tremblant, où nous soutînmes un si rude assaut, d’où nous sortîmes si émus et les premiers débuts de Lacordaire à Stanislas, et ses triomphes de Notre-Dame que nous faisions un peu les nôtres, et la rédaction de la Revue européenne dans le salon de M. Bailly, et les vicissitudes de

  1. Société de Saint-Vincent de Paul.