Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/353

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douleur mais ce que vous ne sauriez imaginer, c’est le trouble qui l’accompagne. Délaissé par cette qui fut mon ange gardien, il me semble qu’elle emporte avec elle le peu que j’avais de religion; mon cœur s’aigrit et s’égare dans son deuil; je me sens devenir moins chrétien qu’autrefois, si la prière de mes amis ne vient à mon aide. Et voilà pourquoi, mon. cher L... je ne puis tarder plus longtemps a vous écrire. J’ai besoin pour moi, pour mes-frères, pour ma mère, de votre intercession et de celle des âmes catholiques dont vous pouvez être entouré. Ne me refusez pas un secours si nécessaire. Comme cette funeste maladie se prolonge depuis plus de deux mois, elle ne me dégage point de l’obligation de songer a mes affaires ; et le monde qui m’excuserait parfaitement de m’enfermer pendant huit jours au chevet du lit de ma mère, ne me permettrait pas d’y demeurer huit à dix semaines. C’est là une nouvelle et non moins cruelle épreuve. La Propagation de la foi, mon cabinet, la préparation de mon cours, autant de soucis qui viennent se jeter au travers de mes tristesses. Or, l’événement dont je suis menacé, en déplaçant toute mon existence, ne laisse plus aucun intérêt pour moi à ces différentes occupations. Au moment de choisir un état, voyant mes parents jeunes encore, j’avais accepté, pour leur complaire, la profession du barreau. A peine avais-je pris mes grades, que