Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/429

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beaux et des plus pieux passages de Klopstock, l’émotion avec laquelle on l’a traduit a fait un excellent effet.

Restaient deux leçons sur des sujets différents pour chaque concurrent, et désignés par le sort, l’un, vingt-quatre heures, l’autre une heure d’avance. Le sujet de littérature ancienne fut pour moi « l’ histoire des Scoliastes grecs et latins » Ceci semblait une méchanceté du sort, et l’on savait si bien que je n’étais nullement au courant de cette spécialité philologique, que la lecture du billet fut accueillie par un rire général de malice, et peut-être un peu de vengeance par les nombreux universitaires qui composaient le public. Je me croyais perdu, et bien qu’un de mes rivaux, M. Egger, avec beaucoup de générosité, m’eût fait passer d’excellents livres, cependant, après une.nuit de veille et une journée d’angoisse, j’arrivai, plus mort que vif, au moment de prendre la parole. Le désespoir de moi-même me fit faire un acte d’espérance en Dieu, tel que jamais je n’en formai de plus vif, et jamais non plus je m’en trouvai mieux. Bref, votre ami parla sur les Scoliastes pendant sept quarts d’heure avec une assurance, une liberté dont il s’étonnait lui-même ; il parvint à intéresser, à émouvoir même, à captiver, non pas seulement, les juges, mais l’auditoire, et se retira avec tous les honneurs de la guerre, ayant mis les rieurs de son côté.