Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/92

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MM. Ozanam, Lallier et Lamache se réunirent chez ce dernier, à l’hôtel Corneille, pour s’entendre. Cette réunion n’aboutit à rien de précis, mais le germe de la Société de Saint-Vincent de Paul y fut jeté. Ozanam leur fit part, pour la première fois, d’une conversation qu’il avait eue précédemment avec un de ses amis, M. Letaillandier, où ils s’étaient demandé s’il ne serait pas possible d’avoir une réunion exclusivement chrétienne, où l’on s’occuperait non de discussions, mais d’oeuvres. Il ne fut pas donné suite à cette idée ce jour-là, et ils se promirent de se revoir toujours pour coordonner leur action dans la conférence d’histoire.

Dans l’intervalle, sans que chacun sût pourquoi, mais par une grâce spéciale de Dieu qui voulait se servir d’eux, la pensée d’une réunion exclusivement chrétienne grandit dans leurs esprits, et l’importance dé l’union pour la lutte dans la conférence d’histoire baissa ;finalement ils se rendirent chez M. Bailly pour en causer avec lui. Il accueillit avec un véritable empressement leurs ouvertures, les encouragea et leur offrit les bureaux de la Tribune catholique, rue du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice, pour y tenir leurs réunions. Ils s’y

installèrent au mois de mai 1833. Ils étaient huit, tous très jeunes, un seul avait un peu plus de vingt ans. Ils prièrent M. Bailly de les présider ; il accepta.

Il fut convenu dès le premier jour qu’on visiterait les pauvres chez eux et qu’on prierait les sœurs de Charité d’indiquer les familles les plus nécessiteuses. La prière ouvrait et fermait la séance, et on faisait chaque fois une quête. Chacun des membres eut bientôt une famille, à laquelle on portait des bons achetés à la sœur Rosalie, la conférence n’étant pas assez riche pour en avoir en son nom. Mais les quêtes auraient été bien insuffisantes si Ozanam et quelques autres membres n’eussent, par des traductions et des articles insérés dans la Tribune catholique, apporté quelque argent pour aider leur charité.

Vingt ans plus tard, le 30 janvier 1853, Ozanam rappelait ce souvenir dans un discours aux membres de la Société de Saint-Vincent de Paul de Florence :