Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/126

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chaque individu abdique pour le bien général une portion de son indépendance, et qu’il existe un pouvoir qui reçoive et maintienne cette abdication. Il faut aussi que chaque individu conserve la part d’indépendance qui lui est nécessaire pour travailler à son propre perfectionnement, et que le pouvoir lui en garantisse la possession paisible. Autorité et Liberté, voilà les deux mobiles essentiels des sociétés humaines de l’équilibre et de l’action combinée de ces deux mobiles résulte la Justice.

Mais souvent, dans la recherche de leur bien-être personnel, les individus ont lieu de regretter l’abandon qu’ils ont fait d’un lambeau de liberté, et la tentation leur vient de le reconquérir. L’autorité, à son tour, sachant ce qu’ils regrettent et ce qu’ils méditent, s’efforce de resserrer plus étroitement des liens qu’elle redoute de voir briser. Ces deux principes entrent donc en lutte, et l’issue de la lutte est toujours funeste. Car, si la liberté est victorieuse, son triomphe est l’anarchie, c’est-à-dire la dévastation de la chose publique au profit des passions de chacun. Si au contraire l’autorité l’emporte, son triomphe est la tyrannie, c’est-à-dire la confiscation de la chose publique au profit d’un seul. Dans le premier cas, c’est la multitude qui détruit l’édifice social pour en disperser les pierres dans le second, c’est un homme qui renverse aussi l’édifice, mais qui en ramasse les pierres pour s’en