Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/455

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

digné « Est-ce ma faute si Denys a les oreilles aux pieds ? »[1]

Bacon ne tarda pas à mettre en pratique des principes et des exemples si profondément médités. Cette fortune si longtemps rêvée et si savamment poursuivie, il allait bientôt l’atteindre. Il avait su obtenir dans le parlement, par son éloquence et par son opposition modérée, autant de crédit qu’il lui en fallait pour attirer sur lui l’attention du gouvernement sans exciter sa colère. Tandis qu’avec des insinuations malveillantes il écartait ses rivaux, son humilité lui gagnait la faveur des grands. Il parvint à trouver accès auprès du roi lui-même ; il jugea probablement que ce prince avait les oreilles placées au même endroit que Denys, et il en prit le chemin. Ainsi, d’une part, il nattait la, vanité de Jacques en lui dédiant ses ouvrages, en lui prodiguant dans ses pompeuses préfaces les louanges les plus démesurées, en le comparant tour a tour à Hermès Trismégiste et à Salomon ; en même temps il nattait sa paresse, par l’habileté avec laquelle il abordait les affaires les plus ardues, en dissimulait les difficultés, et faisait taire au besoin devant la volonté royale toutes les objections de la raison. C’était là ce qui convenait mer-

  1. De Dignitate, préface : Propterea non sunt damnandi viri docti, ubi cum res postulat aliquid de sua dignitate remittunt sive imperante necessitate sive imperante occasione, quoad quamvis humile videatur et servile primo intuitu, tamen verius rem aestimanti censebuntur non personœ sed tempori ipsi servire.