Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/75

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heureusement nous avions laissé passer le temps des fêtes, et la lice n’était plus traversée que par des femmes qui allaient à la fontaine, la cruche sur la tête, en chantant quelque joyeux refrain. Il me fallait pourtant mon combat, et je devais le trouver ailleurs. Moi aussi j’ai donc vu le noir taureau de Navarrese précipiter en avant, les cornes basses, et fouillant du pied la terre; J’ai vu les coureurs déployer devant lui une draperie éclatante, l’exciter, l’attendre, et d’un bond disparaître derrière la palissade qui ferme l’arène. Mais la bête fougueuse la franchissait après eux,et lorsque, resserrés dans cette galerie étroite, je les croyais perdus, ils reparaissaient dans l’arène tous à leur poste, calmes et fiers. Je ne me lassais pas d’admirer ces hommes, dont la bonne mine ressortait à merveille sous le pourpoint et le haut-de-chausse tailladé, si forts et si lestes, que la grâce de leurs mouvements éloignait jusqu’à la pensée du péril. Mais quand, le combat s’échauffant, un essaim de banderilleros est venu harceler l’intrépide animal et planter entre ses cornes le dard qui faisait jaillir son sang ou la fusée qui l’enveloppait de feu lorsqu’aveuglé, ne voyant plus ses ennemis, il courait au hasard, poussant de sourds mugissements, et qu’enfin le matador , en habits brochés d’or et d’argent, mettant un genou en terre et l’épée à la main, demandait la permission de frapper ; alors, je l’avoue, je passais tout entier du côté du taureau