Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/20

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fais gloire hardiment, parce que je dis la vérité. D’un caractère très irritable, j’oublie aisément les offenses et je garde toujours le souvenir des bienfaits. J’ai eu le bonheur d’être admis dans la familiarité des princes et des rois, et de gagner l’amitié des grands jusqu’à exciter l’envie. Mais le supplice de ceux qui vieillissent, c’est de pleurer trop souvent la mort de leurs amis. Les plus grands rois de mon temps m’ont aimé et honoré ; pourquoi ? je l’ignore ; cela les regarde. J’ai été avec quelques-uns pour ainsi dire sur un pied d’égalité, et j’ai retiré de leur élévation de grands avantages sans aucun désagrément. Toutefois j’ai fui plusieurs de ceux que j’aimais le plus ; j’étais tellement possédé de l’amour de la liberté que je me suis éloigné à tout prix de ceux dont le nom seul me paraissait contraire à cette liberté.

J’ai eu un esprit facile plutôt que pénétrant, apte à toute étude bonne et salutaire, mais principalement enclin à la philosophie morale et à la poésie. J’ai négligé celle dernière avec le cours des années, séduit par la littérature sacrée, dans laquelle j’ai senti un charme secret que j’avais méprisé jadis, et j’ai réservé la poésie pour l’ornement. Je me suis adonné entre autres particulièrement à la connaissance de l’antiquité, et, n’était