Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/38

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petite campagne. À ses côtés était la reine son épouse[1], à qui nulle déesse devant un juge équitable n’ôtera la palme méritée, soit de la beauté, soit de la naissance. Il y avait aussi Clémence[2], veuve de son noble époux, un cercle de grands seigneurs, une foule de chevaliers, et un essaim de belles jeunes filles. Pendant que les uns courent en gambadant à travers les prés, forment des jeux et s’amusent à puiser dans leurs mains de l’eau fraîche qu’ils jettent au visage de leurs compagnons, les autres s’enfoncent rapidement dans l’épaisseur des bois et harcèlent avec leurs chiens les animaux sauvages. Ceux-ci prennent des poissons à l’hameçon ou jettent au loin leurs filets ; ceux-là boivent et chassent l’ennui par le joyeux Bacchus. D’autres se plaisent tantôt à étendre sur l’herbe leurs membres fatigués, tantôt à fermer les yeux pour goûter un léger sommeil.

Seul, le roi, nourrissant au fond de son âme d’autres soucis, tenait le front et les yeux baissés

  1. Sanche d’Aragon, fille de Jacques, roi de Majorque, que Robert II avait épousée en secondes noces, eu 1305, après avoir perdu Yolande d’Aragon, cousine de Sanche.
  2. Clémence de Hongrie, veuve de Louis X, roi de France, et nièce de Robert II.