Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/45

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vie et où en sont mes affaires. Je ne vous cacherai point la vérité, je vous parlerai sans détour, car c’est à moi-même que je parle. Sans vanité, je ne désire rien, je suis content de la vie que je mène. Et d’abord je fais bon ménage avec la pauvreté d’or, en vertu d’un pacte agréable ; c’est une hôtesse ni sordide, ni importune. Que la fortune me conserve, si elle veut, mon petit champ, mon humble toit et mes livres chéris ; qu’elle garde le reste ou, si cela lui plaît, qu’elle emporte le tout sans bruit : il est à elle. Je ne réclame point les champs et les richesses de mon père[1], pesant fardeau pour qui gravit les hauteurs, lourdes chaînes de l’âme, aliments de tous les maux. Que la fortune ne touche point à mes trésors poétiques et qu’elle respecte mes loisirs dépourvus de tout appareil fastueux. Je n’envie absolument rien, je ne hais personne, je ne méprise personne plus profondément que moi, quoique jusque-là j’aie méprisé tout le monde et me sois élevé au-dessus des astres. Ainsi vont les choses humaines.

J’ai maintenant mille preuves de ce que je suis,

  1. Le père de Pétrarque avait été banni de Florence, sa patrie, et tous ses biens avaient été confisqués.