Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/53

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dus par la crainte. Tels sont les pièges que me tend l’amour. Il ne me reste aucun espoir, à moins que Dieu tout-puissant ne me délivre de tant d’assauts, et qu’après m’avoir arraché de ses mains à la rage de mon ennemi, il ne veuille que je vive du moins en paix dans cette retraite.

En voilà assez, mais vous désirez en savoir plus. Voici maintenant pour le reste le détail succinct de tous les jours de ma vie. J’ai une table frugale qu’assaisonnent la faim, la fatigue et de longs jeûnes. Mon métayer est mon serviteur ; j’ai pour tout compagnon moi-même et un chien, animal fidèle ; tous les autres ont été épouvantés de ce lieu d’où est bannie la Volupté armée des traits de Cupidon, qui réside au sein des villes opulentes. Les Muses, revenues de l’exil, habitent avec moi dans cet asile écarté. Il ne survient que de rares visiteurs, attirés seulement par les merveilles incomparables de la fameuse fontaine. Quoique je sois ici depuis une année, à peine ai-je réuni une ou deux fois à Vaucluse mes amis tant désirés. Le lieu a vaincu l’amitié. Mais de fréquentes lettres viennent me visiter ; elles me parlent dans ma solitude, au coin du feu, pendant les longues nuits, et sous de frais ombrages