Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/54

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en été ; c’est avec elles que je converse le jour, avec elles que je m’entretiens la nuit. Adieu les tête-à-tête. Les broussailles, les neiges et mes repas éloignent les visiteurs habitués à la mollesse d’une capitale. Depuis que j’ai embrassé cette vie dure, mes compagnons dévoués et mes serviteurs fidèles m’ont abandonné. Si l’amitié attire quelques personnes, elles me consolent comme si j’étais enchaîné dans une prison et s’enfuient au plus vite. Les paysans s’étonnent que j’ose mépriser des jouissances qu’ils considèrent comme bonheur suprême.

Ils ne connaissent pas mes joies et mes plaisirs tout autres ; ils ignorent les compagnons secrets que tous les siècles ensemble me transmettent de tous les pays. Ces compagnons, illustrés par l’éloquence, par le génie, par la toge et par les armes, ne sont point difficiles ; ils se contentent d’un petit coin sous un humble toit ; ils ne se refusent à aucun ordre ; ils tiennent sans cesse compagnie et ne sont jamais ennuyeux. Congédiés, ils s’en vont ; appelés, ils reviennent. Je questionne tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là ; ils me font tour à tour mille réponses et me parlent longuement en vers et en prose. Les uns