Page:Pétrarque - Lettres de Vaucluse, trad. Develay, 1899.pdf/94

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cette montagne, sache que cela arrive à toi et à plusieurs se dirigeant vers la vie bienheureuse ; mais on ne s’en aperçoit pas aussi aisément parce que les mouvements du corps sautent aux yeux tandis que ceux de l’âme sont invisibles et cachés. Certes, la vie que nous appelons bienheureuse est située dans un lieu élevé ; un chemin étroit, dit-on, y conduit. Plusieurs collines se dressent aussi dans l’espace intermédiaire, et il faut marcher de vertu en vertu par des degrés éminents. Au sommet est la fin de tout et le terme de la route qui est le but de notre voyage. Tous veulent y parvenir, mais, comme dit Ovide : C’est peu de vouloir ; pour posséder une chose il faut la désirer vivement[1]. Pour toi sans doute, à moins que tu ne t’illusionnes en cela comme en beaucoup de choses, non seulement tu veux mais encore tu désires vivement. Qu’est-ce qui te retient donc ? Rien autre assurément que la route plus unie, et qui au premier aspect semble plus facile, à travers les plaisirs terrestres et infimes. Mais quand tu te seras longtemps égaré il te faudra ou gravir vers le faîte de la vie bienheureuse, sous le poids d’une fatigue différée à tort,

  1. Pontiques, III, 1, 35.