Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


habitué, maintenant, à entendre le nom de mes maladies et à souffrir la main du chirurgien.

S. Augustin. Tu es encore serré à droite et à gauche par deux chaînes de fer qui ne te permettent de songer ni à la vie ni à la mort. J’ai toujours redouté qu’elles ne te conduisissent à ta perte ; je ne suis point encore rassuré, et je ne le serai que quand je t’aurai vu dégagé et libre après avoir brisé et jeté tes liens. Je pense que ce n’est pas impossible, mais bien difficile, sans quoi je tournerais en vain autour d’une impossibilité. De même que, pour rompre le diamant, il faut, dit-on, du sang de bouc, de même, pour amollir la dureté de ces sortes de passions, ce sang est d’une efficacité merveilleuse : sitôt qu’il a touché le cœur le plus dur, il le fend et le pénètre. Toutefois, comme en cela il me faut encore ton assentiment, je crains que tu ne puisses ou, pour mieux dire, que tu ne veuilles pas me le donner. Je crains fort que l’éclat rayonnant de tes chaînes, qui charme les yeux, ne soit pour toi un obstacle et que tu ne ressembles à un avare qui, retenu en prison par des chaînes d’or, voudrait bien être délivré, mais ne voudrait pas perdre ses chaînes. Or, telle est la condition de ton emprisonnement que tu ne peux être libre sans renoncer à tes chaînes.

Pétrarque. Hélas ! j’étais plus malheureux que je ne pensais. Mon âme est-elle donc encore enlacée par deux chaînes que je ne vois pas ?