Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/175

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Pétrarque. J’ai eu quelquefois cette crainte, je l’avoue. Atteint d’une maladie grave, j’ai redouté une mort prochaine. Mon plus amer regret en ce moment était de laisser mon Afrique à moitié achevée. Ne voulant pas qu’un autre la corrigeât, j’avais résolu de la jeter au feu de mes propres mains, car je ne me fiais à aucun de mes amis pour me rendre ce service après ma mort. Je savais que c’était le seul vœu de notre Virgile que l’empereur César Auguste n’eût pas exaucé. Bref, peu s’en fallut que l’Afrique, outre les ardeurs du soleil voisin auxquelles elle est exposée éternellement, outre les torches des Romains qui jadis l’incendièrent trois fois du levant au couchant ; peu s’en fallut, dis-je, qu’elle ne devînt encore, par mon fait, la proie des flammes. Mais nous reparlerons de cela une autre fois, car ce souvenir est trop pénible.

S. Augustin. Ton récit confirme mon opinion. Le jour du payement est un peu différé, mais le compte n’en subsiste pas moins. Quoi de plus insensé, en effet, que de déployer tant d’efforts pour un résultat aussi incertain ? Je sais bien que ce qui t’engage à ne point abandonner ton entreprise, c’est uniquement l’espoir que tu as d’en venir à bout. Ne pouvant guère amoindrir cet espoir, si je ne me trompe, je vais essayer de l’exagérer afin de te montrer par là combien il est au-dessous de pareils travaux. Figure-toi donc que tu as abondamment du temps, du loisir et de la tran-