Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/33

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moire de ces maximes vraies et salutaires des philosophes que tu as relues souvent avec moi ; si, permets-moi de te le dire, tu avais travaillé pour toi et non pour les autres ; si tu avais rapporté la lecture de tant de volumes à la règle de ta vie, et non aux frivoles applaudissements du public et à la vanité, tu ne débiterais pas de telles sottises et de telles absurdités.

Pétrarque. J’ignore où vous voulez en venir, mais déjà la rougeur me monte au front, et je ressemble aux écoliers réprimandés par leurs maîtres. Avant de savoir de quoi on les accuse, se rappelant qu’ils ont commis de nombreux méfaits, au premier mot du magister ils sont confondus. Ainsi, moi qui ai le sentiment de mon ignorance et d’une foule d’erreurs, quoique je ne discerne pas encore le but de votre discours, comme je sais que l’on peut tout me reprocher, j’ai rougi avant que vous n’ayez fini de parler. Expliquez-moi donc plus clairement, je vous prie, ce que vous avez à reprendre en moi d’une manière aussi mordante.

S. Augustin. J’aurai bien des choses à te reprocher dans la suite. Tout ce qui m’indigne en ce moment, c’est que tu supposes que l’on peut devenir ou être malheureux malgré soi.

Pétrarque. J’ai cessé de rougir, car que peut-on imaginer de plus vrai que cette vérité ? Quel est l’individu si ignorant des choses humaines et si éloigné de tout commerce avec les mortels qui ne sache que l’indigence, la douleur, l’ignominie, les ma-