Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/34

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ladies, la mort, et d’autres maux que l’on regarde comme de grands malheurs, arrivent souvent malgré nous et jamais de notre consentement ? D’où il suit qu’il est très facile de connaître et de haïr sa propre misère, mais non de l’écarter : de sorte que les deux premiers cas dépendent de nous, et que le troisième est au pouvoir de la fortune.

S. Augustin. La honte faisait pardonner l’erreur, mais l’impudence m’irrite plus que l’erreur. Comment as-tu oublié toutes ces sages maximes de philosophie, qui affirment que personne ne peut devenir malheureux par ce que tu nommais tout à l’heure ? Or, si la vertu seule fait le bonheur de l’homme (ce qui est démontré par Cicéron et par une foule de raisons très solides), il s’ensuit nécessairement que rien ne s’oppose à la félicité, si ce n’est le contraire de la vertu. Cette vérité, tu te la rappelles, même sans que je t’en parle, à moins que tu n’aies l’esprit obtus.

Pétrarque. Je me la rappelle bien. Vous me ramenez aux préceptes des stoïciens, qui sont contraires aux opinions populaires et plus près de la vérité que de l’usage.

S. Augustin. Ô le plus malheureux des hommes, si tu marches à la recherche de la vérité à travers les divagations du vulgaire, et si tu comptes parvenir à la lumière avec des guides aveugles ! Il te faut éviter les sentiers battus, et, visant plus haut, suivre la voie tracée par un petit nombre pour